Il y a des albums qui se vivent plus qu’ils ne s’écoutent. "Skelethon" d’Aesop Rock, sorti en 2012, fait clairement partie de ceux-là. Douze ans après sa sortie, il continue de fasciner — ou de diviser. C’est le genre de projet qui ne laisse pas indifférent : complexe, sombre, parfois déroutant… mais profondément sincère.
Pour ma part, je lui ai mis un solide 8/10. Et voici pourquoi.
Dès les premières secondes de l’album, on comprend qu’on n’est pas là pour une promenade tranquille. Aesop Rock ne mâche pas ses mots — au sens propre comme au figuré. Il sculpte le langage, le tord, le pousse dans ses retranchements. Il en résulte un univers lyrique foisonnant, presque étouffant, où les métaphores pleuvent et les significations se dérobent.
Mais derrière cette apparente complexité se cache une introspection sincère. Le rappeur y évoque ses luttes personnelles, la perte d’êtres chers (notamment Camu Tao), ses doutes, ses démons intérieurs. C’est brut, dense, parfois abscons, mais toujours habité. On sent que chaque mot a été posé avec intention.
L’autre grande force de Skelethon, c’est sa production. Aesop Rock a tout fait lui-même. Et ça s’entend. Les beats sont rugueux, les textures sonores grinçantes, les ambiances pesantes. On est loin des prods léchées et consensuelles : ici, la musique respire la solitude et le repli sur soi.
Et pourtant, malgré sa rugosité, l’album reste cohérent de bout en bout. C’est ce qui le rend aussi immersif : tout y est pensé comme un bloc, une œuvre à part entière. On ne picore pas Skelethon, on y plonge — ou on passe son tour.
Tout n’est pas parfait pour autant. Si certains morceaux frappent fort ("Zero Dark Thirty", "ZZZ Top", "Crows", "Racing Stripes") par leur originalité et leur intensité, d’autres s’essoufflent un peu ou peinent à marquer. Le format long (15 titres, près d’une heure) n’aide pas à maintenir une tension constante.
Cela dit, cette légère inégalité ne nuit pas vraiment à l’impact global. Elle rend juste l’écoute un peu plus exigeante, surtout pour qui n’est pas familier avec le style d’Aesop Rock.
Avec Skelethon, Aesop Rock nous livre une sorte de journal mental sous forme de hip-hop brut. Ce n’est pas un disque de soirée, ni même de voiture. C’est un album à écouter seul, casque vissé sur les oreilles, prêt à se perdre dans les méandres d’un artiste aussi torturé que talentueux.
C’est aussi un album qui se mérite. Plus on y revient, plus on y découvre de nuances, de jeux de mots, de doubles sens. On ne comprend pas toujours tout, mais on sent que tout fait sens.
Je donne 8/10 à Skelethon pour sa richesse artistique, son honnêteté brute et sa cohérence formelle. Ce n’est pas un album parfait, mais c’est un album profondément authentique. Il me touche par sa singularité, même s’il ne me parle pas à chaque instant.
Si tu es prêt à sortir des sentiers battus, à écouter plus qu’un simple flow, à décortiquer chaque rime, alors Skelethon pourrait bien t’embarquer pour un voyage que tu n’oublieras pas.