Il est des albums qui ne crient pas, qui ne cherchent pas à s’imposer. Smilewound, le disque que múm nous offre en 2013, fait partie de ceux-là. Il avance à pas feutrés, glisse entre les silences, effleure l’oreille comme un souvenir qui peine à revenir. C’est un disque qui s’écoute les yeux mi-clos, un peu en apnée, entre deux battements de cœur.
Dès les premières secondes, múm tisse une toile sonore d’une douceur presque liquide. Les textures sont légères, quasi translucides, comme si chaque note avait été déposée au pinceau sur une nappe de brouillard. On retrouve cette alchimie propre au groupe : une alliance de sons électroniques et organiques qui semble naître d’un monde parallèle, intime et mélancolique. Les voix, parfois murmurées, parfois à peine audibles, agissent comme des caresses sur la surface d’un rêve.
Pourtant, derrière cette beauté fragile, se cache aussi une forme de retenue – presque une hésitation. Certains morceaux, bien qu’esthétiquement irréprochables, peinent à imprimer leur empreinte. On sent la volonté de rester dans la subtilité, mais cette pudeur empêche parfois l’album de prendre pleinement son envol. Smilewound semble osciller entre deux mondes : celui des brumes éthérées qui ont fait la réputation de múm, et une terre plus pop, plus accessible, mais moins mystérieuse.
Là où le groupe touchait autrefois à l’enchantement pur, il ne reste ici que des éclats, des éclipses. Ce n’est pas une critique sévère, simplement le constat d’un souffle moins ample. On aimerait parfois que la musique sorte de sa coquille, ose davantage. Certains titres – "When Girls Collide", "Candlestick", ou encore "Slow Down" – s’approchent de la magie, sans toujours l’atteindre pleinement. Ce sont de beaux fragments, mais leur lumière vacille un peu trop vite.
Ma note de 7/10 traduit cette impression : celle d’un album sincère, délicat, mais en demi-teinte. Il berce, il rassure, mais il laisse aussi un léger goût d’inachevé. Smilewound est un compagnon discret, un souffle musical qu’on oublie parfois trop vite mais qu’on retrouve toujours avec une forme de tendresse. Un disque à écouter quand le monde fait trop de bruit, quand on a besoin d’un peu de silence pour respirer à nouveau.