Dix-huit ans après Album of the Year, Faith No More revient avec Sol Invictus, une œuvre que plus personne n’espérait. Après les nombreux problèmes entre les membres du groupe, les projets parallèles de chacun et la lassitude exprimée, il n’était pas du tout évident de voir Faith No More se reformer. Pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer, c’est John Hudson qui reprend la place de guitariste, marquant une certaine stabilité du line-up. Autant dire qu’après le critiqué Album of The Year, ce nouvel opus était attendu au tournant. Chacun se demandait si le groupe avait encore des choses à dire. Force est de constater que cette attente valait le coup.
Débutant par « Sol Invictus », une chanson calme dominée par la voix de Mike Patton, cet album aime entraîner l’auditeur sur de fausses pistes pour mieux le cueillir ensuite. L’album se clôt également sur un titre calme. Sorte de morceau pop hippie, « From the Dead » évoque certains titres des années 1960, avec son ambiance country, ses instruments acoustiques et ce chant de crooner. Il fait suite à l’étonnant « Matador », soutenu par un piano, que The Who aurait pu écrire s’il avait croisé Nina Hagen. Ce mélange des genres n’est pas nouveau chez Faith No More, mais sur cet album, il semble moins débridé, plus encadré, comme sur « Sunny Side Up » qui monte en puissance, en proposant des lignes vocales habitées sur une base acoustique.
On retrouve donc cette inventivité et ce goût pour le métissage propre au groupe. « Separation Anxiety » est une ode au metal complexe et furieuse, tandis que « Rise of the Fall » s’inspire du reggea et du post-punk pour construire un titre atypique dans lequel les guitares saturées voisinent avec des sons d’accordéon. Quant à « Black Friday », il rend hommage à la country, au rock et au hardcore sur un rythme syncopé, afin de nous transporter dans une sorte de western futuriste sur lequel plane l’ombre de Lou Reed. Aussi étrange est « Superhero », aux tonalités orientales qui voisinent avec un metal-hardcore déjanté qui permet à Mike Patton de varier sa voix et à Roddy Bottum de nous glisser d’entêtantes plages de pianos et de claviers.
Ce retour après des années de silence est une vraie réussite qui sera suivie d’une tournée triomphante durant laquelle le groupe joue notamment habillé de blanc. Quatre singles vont en être extraits, dont le superbe « Motherfucker » qui frappe les esprits par son discours engagé, ses lignes vocales torturées et sa musique envoutante. Faith No More nous montre un nouveau chemin de grande classe.