On parle facilement d'albums poignants et de chansons pleines d'émotions, mais dans les faits, on a rarement à faire à des disques sur lesquels l'émotion transpire par tous les pores avec puissance. Le premier album de Julien Baker est de ces disques.
Musicalement, l'album est à première vue extrêmement minimaliste : une guitare accompagnée éventuellement d'une pédale looper, du piano sur la fin et une voix.
Mais quelle voix, si pendant les 30 premières secondes de Blacktop, on peut la penser faible, incertaine et limitée, l'écoute en intégralité d'un des morceaux les plus posés de l'album brise déjà cette première pensée : malgré son jeune âge (pas encore 20 ans), Julien Baker dispose déjà d'une impressionnante maîtrise vocale, et surtout, on y revient toujours, une capacité à faire passer des émotions avec qui impressionne aussi bien sur les titres les plus calmes (Sprained Ankle, Brittle Boned, Good News) que sur ceux où elle donne de la voix (Everybody Does, Something, ou le magnifique Rejoice).
Et ne s'étendre que sur l'émotion et la voix, même si ce sont les principaux éléments qui donnent envie de réécouter la demi-heure de ce disque encore et encore, c'est passer à côté de la qualité des compositions. Le jeu sur les montées, les descentes, les silences et l'équilibre instrument/voix sont maitrisés pour que l'auditeur soit complètement emporté.
Cet album, aussi bon soit-il ne plaira pas à tout le monde, sa force est dans son émotion, ce qui fait qu'il ne sera pour certains qu'un album larmoyant de plus, pour beaucoup d'autres, ce sera un disque coup de cœur immédiat difficile à expliquer clairement. Je fais partie de la seconde catégorie et j'ai essayé de faire de mon mieux avec cette critique.