Taormina
7.1
Taormina

Album de Jean-Louis Murat (2006)

Taormina, perle de la Méditerranée, disent les guides touristiques à propos de cette belle endormie sicilienne, bordée par le volcan Etna. Taormina, perle noire dans la discographie de Murat, dira la critique à propos du nouvel album de l'Auvergnat ? son vingtième environ. Adepte des déplacements, chanteur-topographe, Murat passe donc d'un volcan à l'autre, avec des bottes de sept lieues et un Caillou sous la semelle en guise de single. Pour un nouveau départ, ou un retour chez soi, sur soi.
Il y a près d'un an, nous avions laissé Murat au terme d'un cycle flamboyant : entre 2003 et 2005, il avait sorti quatre albums, deux DVD, un poème de 1 000 vers illustré de peintures, et tourné sur scène plus qu'un derviche. Puis il s'est calmé. Ou la vie l'a calmé. Il s'est retrouvé sans maison de disques. Il a perdu des proches. Il a eu un enfant. Il est resté à la maison pour composer et maquetter les chansons de Taormina, en prenant le temps, entre les siestes de la petite ? "tendrement contraint", dit-il joliment.
Le malheur de l'un fera quand même le bonheur des autres : les auditeurs de Murat. S'il reflète des épisodes de vie difficiles, s'il n'est pas le plus youplaboum des albums de Murat, Taormina n'est pas non plus un disque triste, autocomplaisant, désespéré. C'est plutôt un disque désenchanté, qui tourne une page et en écrit une nouvelle, taraudé dans ses tripes par la peur de voir apparaître le mot "fin". C'est un disque exigeant, travaillé, plus chiadé que chialé, où Murat cherche à se retrouver en se dépassant. Album très personnel, resserré sur l'essentiel, Taormina se distingue d'abord par la texture blues de ses guitares. Et plus particulièrement le blues préhistorique, d'essence quasi divine, de John Lee Hooker. JLH vit en JLM, dans ses guitares à la fois sombres et éblouissantes : étales, presque liquides, hypnotiques comme des vagues, élément aquatique où la voix de Murat et les chansons de Taormina prennent un bain de minuit, revivent sous la pleine lune. Et comme toujours chez Murat, tout cela est très érotique. L'autre nouveauté de Taormina, c'est la voix de Murat : rajeunie, rafraîchie. Le propos est souvent grave (la mort, la quête d'amour, le sentiment d'inéluctable sont les thèmes principaux de l'album), mais le chant allégé, comme dilaté. Même désenchanté, Murat reste un grand chanteur. Quand il chante Accueille-moi paysage, peut-être la meilleure chanson de Taormina, sa voix semble effectivement se fondre dans la nature, dans les éléments. (Inrocks)


À l'instar du Mont Sans-Souci et à la différence de Dolorès ou Lilith, Taormina n'est pas une femme, mais une petite ville de Sicile, près de la mer. C'est manifestement le Shangri-la de Murat, le lieu tout aussi bien imaginaire et idéal où sa psyché remuante trouve aujourd'hui une accalmie favorable à la naissance de cet album qui n'en a pas pour autant la foulée molle, mais plutôt la vitesse appropriée. La bonne mesure succède idéalement à la frénésie des publications discographiques et à la conduite à tombeau ouvert de ces quatre dernières années, bien qu'il soit encore trop tôt pour en établir le bilan (sauf pour Labels, l'ancienne maison de disques du chanteur). S'il n'est pas rentré pour autant dans le rang, Murat a mis de l'ordre dans ses idées, lui qui paraît davantage lui-même, lorsqu'il évoque le frôlement de ses pas sur le tapis du lichen en bordure d'un sentier, que lorsqu'il épingle Jennifer de la Star Academy (cf. Le Moujik Et Sa Femme). Taormina est l'illustration lumineuse de cette évidence maintes fois contrariée, un portrait éclairé par un blues qui ne se décide toujours pas à ressembler à celui de Paul Personne, tout en prenant un plaisir de plus en plus manifeste au recueil des guitares, cet herbier ciselé par une production à l'unisson. Même quand il se fait languissant, le trait est bref. Ce laconisme retrouve intacts l'érudition et le pouvoir évocateur des textes les plus volubiles de Murat. Des morceaux souvent courts, spontanés, mais finalement concertés et surtout jamais expédiés. Si Caillou a été choisi comme single inaugural, l'accessibilité cajoleuse et l'évidence remarquable d'Au-Dedans De Moi, prochain single pressenti, pourraient rappeler Murat au souvenir des radios hexagonales les plus sourdes. Taormina aime à évoquer la perte, la séparation et l'illusoire restauration amoureuse, pour mieux retrouver l'essence et l'esprit de ses meilleurs disques. Alors, en 2006, Tout Est Dit pour Bergheaud ? Sûrement pas.(Magic) 
bisca
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le 5 avr. 2022

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