Avec le temps, on a fini par préférer ses interviews à ses albums, ses albums à ses concerts et ses concerts à ses albums live. Et on ne croit plus, non plus, tout ce qu'il débite. On a pris sa mesure. Est-il possible qu'il ait, de son côté, pris la sienne ? Avec une bande de potes, il participe ainsi à un groupe, Les Rancheros, qui sont à la musique ce que Speedy est au pot d'échappement. Mettons que Le Moujik et sa femme, ce soit Les Rancheros en plus posé. Fini, en tout cas, l'orfèvrerie sophistiquée de Mustango : Murat s'est trouvé une section rythmique de cogneurs poids moyens (les A.S. Dragon). En somme, Murat fait du pub-rock : c'est la nouvelle polka du moujik auvergnat. Certaines chansons (L'Amour qui passe, L'Au-Delà) prennent alors des formes squelettiques idéales, à siffloter dans la rue.
Il y a chez Murat une décontraction soudaine, y compris dans certaines paroles ("C'est t y pas énorme ?/Si tu veux bien vivre dans une poubelle, ils te refont une bite en or" peut laisser perplexe). Comme si, après avoir fait le poète courtois avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Murat était revenu effectivement moujik sans façon, plus proche de l'épais dragueur bidochon que d'un brave et chantourné Monsieur Deshoulières. Explicit lyrics, évoquant femelles, orgasmes doux, "fiole le cul au frais"... Ainsi, le meilleur morceau de l'album, Ceux de Mycènes, est un peu la version classée X de Cours dire aux hommes faibles. Soit, sur un rythme shuffle à la Them, les guerres troyennes revues par un pornographe : "Je forcerai ta maîtresse/Lui traverserai l'os/Oh, je mets le monde au défi/Je ne rendrai pas la femelle/Allez le dire à ceux de Mycènes." Assez classe, ça.(Inrocks)


Annoncé à la va-vite comme "son disque le plus accessible à ce jour" ce qui n'est pas gagné d'avance dans un pays où le loup Garou n'en finit pas de faire des ravages dans la bergerie de la variété française ¬, ce huitième album du Bergheaud de Chamablanc est évidemment placé sous le signe de l'amour (L'Amour Qui Passe en ouverture idéale). Ça fait vingt ans que ça dure, et on voit assez mal pourquoi le meilleur chroniqueur des sentiments changerait aujourd'hui son bâton (de berger) d'épaule. Car s'il n'a pas toujours récolté le succès public attendu (Le Manteau De Pluie reste depuis sa parution en 1991 sa meilleure vente), Murat a atteint une notoriété suffisante pour n'en faire qu'à sa tête : enregistrer en Arizona, poser à poil, adapter Madame Deshoulières et, bien sûr, dire du mal des maisons de disques, son passe-temps favori. Après son excursion américaine, le bougnat, qui souhaitait réitérer la réussite artistique presque collégiale de Mustango (à classer tout près de l'intouchable Dolorès), a finalement décidé de faire marche arrière après les attentats du 11 septembre. Les lustres cuivrés de Memphis renvoyés aux calendes grecques comme autant de Rendez-Vous manqués (Crazy Horse, Nellee Hopper, Tim Simenon, Jeanne Moreau...) et chantés en duo avec Élodie Bouchez sur la BO de Mademoiselle Personne, Murat se rabat sur la rusticité, en débauchant deux musiciens de premier choix : Fred Jimenez, le bassiste d'A.S Dragon, et Jean-Marc Butty, le batteur occasionnel de PJ Harvey. Disque beau et simple, direct et organique, Le Moujik Et Sa Femme voit son auteur épris d'une liberté vocale rarement entendue sur disque. Tantôt caressant (la berçeuse Foule Romaine, Libellule aux accents calexicoïstes, la superbe Molly), tantôt rugueux (le percutant L'Au-Delà, le combatif Ceux De Mycènes, le narquois Baby Carni Bird, soit le Loft Story revisité à la sauce auvergnate), le meilleur artisan de l'Hexagone sait aussi se faire crytpique (Vaison-La-Romaine, Le Tremplin et ses "Johnny welcome home" en écho au fameux Johnny Frenchman d'antan), italianisant (Foule Romaine, Hombre) et profondément triste (Le Monde Intérieur, chef-d'oeuvre absolu). "Je mets le monde au défi/Non je ne rendrai pas la femelle", prévient-il sur Ceux De Mycènes. L'envisageai(en)t-elle(s) autrement ?(Magic) 
Stakhanoviste alternant avec constance chefs-d’œuvre et disques plus mineurs, Jean-Louis Murat semble s’accorder une longue période récréative depuis son superbe "Mustango" de 99. Déclinaison live de ce dernier, escapade dix-septièmiste avec la Huppert, déconnades avec son groupe les Rancheros (chansons "d’après-foot", à usage interne exclusivement), sans parler des dizaines de morceaux qu’il enregistre comme d’autres respirent, et que Labels n’est pas près de sortir : depuis deux ans et demi, le barde arverne ne chôme pas mais se disperse un peu. On attendait donc de ce nouveau "vrai" album qu’il remette les pendules à l’heure et réinstalle le grimpeur des cols et des monts au sommet. Caramba, encore raté. "Le moujik et sa femme" (et pourquoi pas "La moujik adoucit les morses" ?) est plus proche du bricolage de "Venus" ou de la B.O. du jamais vu "Mademoiselle Personne" que de l’accomplissement du "Manteau de pluie" ou de "Dolorès" - sans même parler de la grâce infinie du bref mais intense "Murat en plein air".L’inaugural "Amour qui passe" donne la tonalité de l’ensemble : "low-key", comme disent les Anglo-Saxons. Une énième variation sur la fugacité des sentiments portée par des guitares très Calexico, résolument mid-tempo. Un peu plus enlevé, "L’Au-delà" se révèle encore plus anecdotique, mais aussi plus tenace - d’ailleurs, c’est le single. Il faut attendre le troisième morceau, le frémissant "Foule romaine", pour que Murat transcende les limitations qu’il s’est imposées (textes un peu plus directs qu’à l’accoutumée, mélodies minimales, instrumentation dépouillée), comme le Jean Bart ou le Daho des grands jours.Si les deux chansons suivantes n’éveillent guère l’attention, la sixième, "Baby carni bird", s’affirme dès la première écoute comme le moment le plus singulier de l’album. On y retrouve le Murat sale gosse qu’on aime bien, celui qui raconte des conneries chez Ardisson, chante des gros mots en ponctuant ses couplets de "ouais" et de "woudjîîî" (sic), balance sans prévenir une guitare sale comme un pou au milieu de la chanson. Un grand moment de bullshitisme à la Lou Reed, son "Quand j’étais chanteur" à lui. Bonne nouvelle : entre Tuilière et Sanadoire, le chien de l’espace aboie encore. Puis rentre tranquillement à la niche pour les cinq morceaux restants. On sauvera tout de même du lot "Le Monde intérieur", belle ballade voix-piano qui aurait sans doute mérité de clore le disque, à la place de l’anodin "Johnny" (à moins que la séquence du pré-CD ne soit pas définitive). Verdict : ce "Moujik" variète-folk et désinvolte est plus proche d’une compilation de faces B (et encore, pas que les meilleures) que de l’album qu’on était en droit d’attendre du berger hi-tech. L’année prochaine, peut-être ?(Popnews)
bisca
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le 5 avr. 2022

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