On parle souvent (à raison) de l’évolution artistique d’un musicien, mais moi, ce qui m’intéresse aussi, c’est tout l’aspect personnel derrière. Comment ledit artiste évolue-t-il, en bien ou en mal, en tant qu’être humain. Et comment est-ce que ça peut se retranscrire dans sa musique.
Un exemple parfait : John Lennon dans sa carrière en solo, dans les années 70 et en 1980. Cette compilation couvre alors cette période.
Prenons d’abord les chansons de 69 à 71, jusqu’à Imagine : la production est brute, parfois approximative, minimaliste. Lennon vient de se séparer des Beatles, ses traumatismes d’enfance ressurgissent. On sent que quelque chose bouillonne encore en lui, mais on n’arrive pas à mettre pleinement le doigt dessus (lui non plus n’y arrivait pas, d’ailleurs). Lennon avoue être un « jealous guy », avoir perdu le contrôle, avoir été violent, tout en essayant de régler les guerres dans le monde (Give Peace a Chance; War is Over).
On perçoit un artiste qui ne sait pas où piquer du nez, qui veut que la colère et l’amertume n’existent plus nulle part, mais qui, lui, n’a pas encore complètement évacué sa propre colère personnelle.
Période fascinante. Flash forward à 1980, chapitre Double Fantasy, aussi sur la compil.
La production est maintenant douce, plus « lisse », plus enveloppante. Lennon semble avoir fait la paix. Il parle de sa femme, de son fils Sean. Il sait qu’il ne changera pas le monde, et c’est correct pour lui : c’est maintenant presque un New-Yorkais comme un autre. Après cinq ans de pause, Lennon a trouvé sa voix : la famille, SA famille. Fini d’hurler les Mama, don’t go, Daddy, come home. Fini d’imaginer un monde sans religion et sans frontières. Lennon se concentre sur lui sans être égocentrique.
En écoutant cette compilation, j’entends un homme se battre contre ses démons, s’assagir, reconnaître ses erreurs, puis simplement avancer. Tout ça en 60 minutes. Je vous dis, c’est aussi fascinant de suivre l’évolution humaine qu’artistique.