Avec Julianna Barwick, la question se pose : pourrons-nous aller au bout de son album sans finir aussi en vrac qu'Ulysse face aux chants des sirènes ? Dans l'univers de l'Américaine, il n'y a que ça ou presque : une multitude des voix passées par le prisme d'une pédale delay qui s'entremêlent pour créer une ivresse sonore. Soyons honnêtes, il y a parfois un piano lointain qui émerge dans un écho venant donner du relief à la musique. Il y a aussi une guitare évidemment réverbérée au son très Cure sur Bog in Your gait donnant là aussi une certaine respiration. Sur Prizewinning, une programmation minimale vient rythmer et borner cet univers gazeux en lévitation avant que des percussions ethniques viennent pervertir cette musique angélique. On se réjouit de tous ces apports instrumentaux venant enrichir un dispositif radical. Ils deviennent presque salvateurs car on n'aurait pas forcément survécu à ces seules mélopées vocales.


Ouf ! Julianna Barwick n'est pas totalement systématique et a compris qu'elle ne pouvait pas tenir la longueur sur son seul postulat de départ. Loin du lugubre Ligeti (vous vous rappelez "2001, l'odyssée de l'espace ?" et son Lux Aeternae ?), The Magic Place n'est pas à proprement une oeuvre vocale d'art sacrée mais un disque, pastoral dans ses intentions, qui évoquera un Cocteau Twins avec la seule Liz Frazer, plus éthérée que jamais, comme seul membre musical. On pensera aussi au Mystère des Voix Bulgares (le Mystère des Voix Américaines ?) dans des moments plus mystiques où Julianna semble revivre la Passion. Enchanteur au début ou par bribes, The Magic Place devient quand même un peu agaçant sur sa longueur. Dommage. Serait-il possible d'apposer sur le disque un sticker : ne pas écouter plus deux chansons par jour sous peine d'effets secondaires indésirables ?

denizor
6
Écrit par

Créée

le 3 sept. 2015

Critique lue 119 fois

denizor

Écrit par

Critique lue 119 fois

3

Du même critique

Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête

8

denizor

1605 critiques

Critique de Oiseaux-Tempête par denizor

Le monde appartient aux ambitieux et Oiseaux-Tempête ne nous propose pas un simple voyage post-rock mais une véritable Odyssée dans une musique qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Album après...

le 10 janv. 2014

36 quai des Orfèvres

36 quai des Orfèvres

2

denizor

1605 critiques

Critique de 36 quai des Orfèvres par denizor

Ce film est un imposture. Au moment de sa sortie, la production avait capitalisé sur le passé de flic d'Olivier Marchal pour nous vendre le film comme "ultra réaliste", montrant de l'intérieur les...

le 1 févr. 2016

Pain Is Beauty

Pain Is Beauty

8

denizor

1605 critiques

Critique de Pain Is Beauty par denizor

Il est amusant de voir la promo de Chelsea Wolfe ramer pour définir la musique de la demoiselle : « drone-metal-art-folk » tel est le genre-valise utilisé pour catégoriser la musique de l’Américaine...

le 28 oct. 2013