The Paris Concert (Live) par Claire Magenta
Des enregistrements publics de John Coltrane, il en existe pléthore, des plus connus comme le fameux Live at Birdland, d'autres plus "accessibles" telle que la compilation regroupant ses concerts au Village Vanguard de 1961 et certains définitivement outer space pour reprendre une expression chère à Sun Ra comme le sismique et sonique Olatunji Concert, soit son dernier live enregistré connu. Alors dans quelle catégorie pourrait-on placer ce The Paris Concert?
La raison première de cette chronique vient du fait qu'en réécoutant cet enregistrement ce matin, j'avais oublié à quel point ce live était avant tout réservé aux habitués de Trane et ceci pour plusieurs raisons. Premier point à soulever, on ne sait pas grand chose de ce live. Certes, il est sorti en novembre 1962, mais de quand date précisément les versions live gravées sur ce disque... entre 1961 et 1962 nous annonce le livret. Voici pour les maigres précisions. En connaissant l'esprit tatillon du jazz addict (très bien souligné dans le sketch des Inconnus sur les radios libres en passant), ça commence déjà mal pour ce disque, sauf que 1961 ou 1962...
1961 ou une année importante dans l'histoire de la musique de Coltrane. Depuis avril 1960, Trane a quitté définitivement la formation de Miles Davis, association qui s'est conclue, faut-il le rappeler, par l'enregistrement de l'historique Kind of Blue. Dès lors, Trane a le champ libre et va désormais expérimenter. Laisser libre court à ses envies, faire sauter quelques barrières, aller toujours plus loin et suivre ainsi les traces d'un Ornette Coleman, tout en se frottant à la jeune garde en incorporant dans sa formation l'étoile filante Eric Dolphy. Bref, l'enregistrement de The Paris Concert s'inscrit dans une période transitoire mais riche en évolution coltranienne.
Autre point à ne pas omettre, la formation accompagnant JC sur The Paris Concert: McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie et Jimmy Garrison à la contrebasse, soit les premiers pas du quartet légendaire qui marqua tant le jazz des 60's (le jazz addict pourra ainsi désormais avec joie situer plus précisément la date d'enregistrement du disque, soit fin '61-début '62). Comme je le soulignais en début de post, ce disque peut difficilement oser la comparaison avec la série de concerts joués par cette formation et enregistrés via l'immense coffret Complete 1961 Village Vanguard Recordings. Ceci dit, The Paris Concert a au moins le mérite de se concentrer exclusivement sur le quartet d'origine, contrairement au disque cité précédemment qui conviait bon nombre d'invités (Eric Dolphy, Reggie Workman, Roy Haynes ou le joueur d'oud Ahmed Abdul-Malik). De même, en soulignant l'aspect recentré, j'exagérais à peine...
The Paris Concert s'ouvre directement par le plat de résistance, l'un des morceaux majeurs de Giant Steps, Mr P.C., hommage au contrebassiste Paul Chambers, partenaire de Trane lorsque ces derniers jouaient au sein du quintet de Miles Davis. Il est en effet assez étonnant de constater que le morceau fleuve de l'album fait la part belle, non pas aux fulgurances de Trane mais plutôt aux qualités d'improvisation de ses sidemen. Sur les 26 minutes de la version de Mr P.C., les solos de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones représentent à eux seuls pas moins de 18 minutes. Un enregistrement qui tend à prouver l'excellence de ce quartet et la générosité artistique de son leader en somme. Autre particularité de ce disque, celle-ci souligne fort justement l'engouement de plus en plus grand de Trane pour le saxophone soprano. Ainsi sur les deux autres morceaux que contient l'album, Coltrane abandonne son sax ténor et interprète au soprano The Inch Worm (qu'on retrouvera la même année en 1962 sur l'album studio homonyme Coltrane) et le standard de Cole Porter, le vibrant Every Time We Say Goodbye (sa version studio datant quant à elle de 1960 sur le célèbre album My Favourite Things). Deux interprétations forcément qui raviront les fans, chaque titre soulignant une facette différente du génie de Trane, The Inch Worm ou le soliste libre, Every Time We Say Goodbye ou le Trane mélodieux.
Pour finir, à la question posée en préambule, à savoir où classer ce live, on serait tenté de le ranger dans les enregistrements publics à part. Disque live particulier s'il en est, à recommander avant tout aux aficionados de Trane ou aux plus curieux.