Third
7.5
Third

Album de Portishead (2008)

Il fallait s'y attendre, ils étaient quelques centaines de milliers à attendre le retour de leur amour perdu. Les critiques ne pouvaient donc être que dithyrambiques, tant on préfère garder en mémoire l'excitation pré-coïtum que l'état post copulatoire. Mais dix ans après la sortie du "chef d'oeuvre", que reste-t-il de Third, acclamé avant, pendant et (un peu) après sa sortie ? S'agit-il vraiment d'un ouragan, ou juste d'une tempête dans un verre d'eau ? Sans doute ni l'un ni l'autre.


Vu de l'extérieur, on pouvait s'y attendre en fait. D'ailleurs, que peut on bien se raconter entre amis quand on ne s'est pas vus depuis dix ans, quand on ne s'est donné aucune nouvelle ? Certainement, on doit parler de banalités ; mais surtout évoquer les bons souvenirs pour se raccrocher aux branches. C'est exactement ce qu'à fait (en partie) Portishead avec ce Third, dont le seul titre annonçait déjà une continuité avec ses prédécesseurs.


Du point de vue purement artistique, il est d'ailleurs surprenant qu'un groupe majeur comme Portishead n'ait a priori pas changé d'un iota (je dis bien a priori, car c'est ce qu'on ressent à l'écoute des trois premiers titres de l'album notamment, plutôt convenus). D'abord parce que le trip hop "classique" (comprenez celui instauré par Portishead) sent aujourd'hui la poussière, ensuite parce qu'en dix ans, on peut difficilement faire fi des évolutions dans le domaine musical, et plus particulièrement de tout ce qui touche de près à l'électronique... Comme le trip hop, justement.


Ce qui frappe au départ, en écoutant "Silence", "Hunter" ou "Nylon Smile", c'est qu'on a l'impression que le temps s'est arrêté en 1994. Bien sûr, tout cela est plutôt joli, mais tout de même légèrement frustrant. Car la fraîcheur (si l'on peut dire) de Dummy n'est plus là, l'état de grâce de Portishead non plus. Alors on en vient à se demander (un peu agacé, ou déçu on ne sait pas) s'il ne s'agit pas carrément d'un foutage de gueule dans les règles, jouant sur la seule nostalgie des fans transis.


Mais non. C'est au détour de quelques arpèges convenus et mal joués ("The Rip"), qu'un petit miracle se produit : Portishead a bien changé, finalement. Ou plutôt évolué. Ce synthé martial, très eighties, qui vient perturber le pseudo confort dans lequel on s'était d'ores et déjà installé, remet les pendules à l'heure et nous fait espérer une suite d'album plus ambitieuse et percutante. Et c'est exactement ce qui se passe, exception faite d'un "Plastic" prévisible.


Et voici les deux armes du combo de Bristol : de l'industriel eighties ("The Rip" donc, et bien sûr "Machine Gun" au final magique) et du rock'n roll ("We Carry On", révolté, en est le meilleur exemple). Comme quoi c'est dans les vieux pots qu'on fait (parfois) les meilleures confitures.
C'est donc en regardant vers le passé que Portishead parvient à se forger une nouvelle identité. Ce n'est pas pour rien que le trip hop n'a guère survécu !

Créée

le 28 août 2018

Critique lue 360 fois

François Lam

Écrit par

Critique lue 360 fois

D'autres avis sur Third

Third

Third

8

MarcPoteaux

1124 critiques

Critique de Third par Marc Poteaux

Quand on revient après dix ans d'absence médiatique, on a plutôt intérêt à ne pas se planter. Surtout quand on a quitté la scène en plein succès. Tout le monde le sait, et d'ailleurs certains le...

le 17 déc. 2012

Third

Third

9

Electrocouak

27 critiques

Critique de Third par Electrocouak

Il aura fallu plus de 10 ans à Portishead pour accoucher dans la douleur de cet enfant sauvage, bruyant et brillant. Il ne reste plus de traces du trip-hop que le groupe a quasiment inventé, plus de...

le 12 févr. 2025

Third

Third

3

JulienWilgaut

59 critiques

Faisons comme si il n'existait pas...

Si le terme "noisy" ne qualifiait pas déjà un autre genre musical, je l'aurais volontier associé à cet album de Portishead, mais dans le sens le plus littéral et le plus péjoratif qui soit: bruyant...

le 14 févr. 2013

Du même critique

Persepolis

Persepolis

4

Francois-Corda

1034 critiques

Critique de Persepolis par François Lam

Persepolis, ou une sorte d’idéal bobo gonflant qui enterre tous les enjeux (la révolution sous-jacente en Iran, l’expatriation, l’adolescence torturée), le tout relayé par cette enfant dont...

le 16 sept. 2018

Les Chambres rouges

Les Chambres rouges

4

Francois-Corda

1034 critiques

Les siestes blanches

La salle de procès qui introduit Les Chambres rouges est d'un blanc immaculé et incarne aussi bien l'inoffensivité de son propos que le vide existentiel qui traverse son héroïne Kelly-Anne. On ne...

le 24 janv. 2024

Civil War

Civil War

5

Francois-Corda

1034 critiques

Critique de Civil War par François Lam

En interview dans le numéro d’avril de Mad Movies, Alex Garland se réclame d’un cinéma adulte qui ne donnerait pas toutes les clés de compréhension aux spectateurs, à l’instar du récent Anatomie...

le 21 avr. 2024