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le 5 mars 2013
SuivreCritique de TRST par Crocodile
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Premier essai de Robert Alfons sous le nom de TR/ST, l’album éponyme de 2012 s’impose comme un étrange rituel sonore, à mi-chemin entre l’ombre d’un club désert et les pulsations intimes d’une nuit sans fin. Je lui ai attribué 7/10 – une note qui traduit à la fois mon admiration sincère pour son audace esthétique, mais aussi une certaine réserve face à ses zones de flou.
Dès les premières secondes, TR/ST instaure une ambiance immédiatement immersive. Les textures synthétiques y sont épaisses, comme chargées de brouillard ; les beats martelés, presque industriels, entrent en collision avec des mélodies glaciales et hypnotiques. On ne sait jamais vraiment si l’on danse ou si l’on dérive, ce qui fait la force du disque : il tisse une tension constante entre pulsion et retrait. Des titres comme Bulbform ou Sulk incarnent parfaitement cette esthétique, où chaque rythme semble surgir des recoins d’un rêve un peu moite, un peu sale.
La voix de Robert Alfons, androgyne, grave, parfois déformée, joue un rôle central. Elle évoque tour à tour la plainte, l’invocation, la provocation. On sent que cette voix n’est pas là pour rassurer, mais pour troubler, pour brouiller les repères. Si j’ai été séduit par cette volonté de ne pas lisser l’émotion, certains morceaux peuvent néanmoins paraître excessivement cryptiques, au risque de perdre l’auditeur dans une opacité sonore un peu répétitive sur la durée.
L’album est traversé d’une cohérence esthétique impressionnante, mais c’est aussi là que réside sa limite. Sa fidélité à un ton très spécifique – froid, sombre, parfois austère – finit par créer une forme d’uniformité. À force de creuser un même sillon, TR/ST devient par moments prévisible dans sa manière de provoquer l’étrangeté. On aimerait parfois qu’il ose la lumière, ou du moins, qu’il brise davantage son propre cadre.
Malgré ces réserves, je ne peux que saluer la vision d’artiste qui se dégage de cet album. Pour un premier opus, c’est un projet profondément assumé, personnel, avec une identité forte et marquante. Il ne cherche pas à plaire à tout prix, et c’est justement ce qui le rend précieux. Même après plusieurs écoutes, certains morceaux continuent de me hanter, preuve que TR/ST touche quelque chose de sincère et d’instinctif dans sa noirceur électronique.
TR/ST (2012) est un album-cathédrale de sons et d’ombres, séduisant pour sa radicalité esthétique mais un peu enfermé dans ses propres ténèbres. Un premier disque courageux et singulier, qui mérite d’être découvert, même s’il n’offre pas toujours les clés pour en déchiffrer tous les secrets.
Créée
le 14 avr. 2025
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