Twins
7.6
Twins

Album de Ty Segall (2012)

Électricité dans la brume : quand Ty Segall embrase le chaos

Il y a des disques qui s’écoutent, d’autres qui s’encaissent. Twins, de Ty Segall, ne se contente pas de frapper aux tympans : il les embrasse, les secoue, les noie dans un orage de fuzz et les réveille en pleine transe. C’est un album comme une décharge, un flash halluciné dans la nuit sale du rock garage. Et s’il m’a laissé son empreinte brûlante, c’est parce qu’il ne cherche jamais à plaire — seulement à vivre, hurler, vibrer.


Dès les premières secondes, tout vacille : la guitare grésille comme un fil à nu, la batterie claque comme un cœur en cavale, et la voix, elle, flotte, se faufile, tantôt spectrale, tantôt animale. Ty Segall ne compose pas : il incante. Avec une férocité brute, il construit un temple de bruit où chaque morceau est une offrande, tordue, sauvage, urgente.


Mais au-delà du chaos apparent, il y a de l’ordre dans la tempête. Twins n’est pas une simple collection de morceaux énervés — c’est un voyage, une spirale d’énergie saturée ponctuée de moments de grâce. "Love Fuzz" hypnotise comme une sirène noyée sous des vagues d’ampli, "There Is No Tomorrow" murmure une fin du monde douce-amère, et "Ghost" fonce, les yeux fermés, droit dans le mur — et nous avec.


Ce que j’ai aimé, profondément, c’est cette façon qu’a Segall de marier le feu et le flottement, le rugissement garage et l’ombre du psyché. Il y a dans ce disque une mélancolie tapie sous la distorsion, un romantisme de l’abandon, une beauté abîmée qui m’a touché sans prévenir.


Alors oui, tout n’est pas lisse. Certains morceaux filent sans laisser de trace, certaines transitions sonnent comme des accidents. Mais c’est précisément ce qui donne à Twins cette texture de rêve déchiré, ce parfum d’album fait avec le ventre, les nerfs, l’instinct. On sent l’humain derrière les bruits — et ça, ça vaut plus qu’une production chirurgicale.


En refermant ce disque, je n’avais plus envie de parler, juste d’y replonger. Twins, c’est une tempête qu’on apprend à aimer, un cri qui finit en berceuse. Et si je lui accorde un 8/10, c’est parce qu’il n’est pas parfait — il est vivant.

CriticMaster
8
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le 11 avr. 2025

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