Troisième opus de l'année pour Creedence Clearwater Revival, on se demande un peu comment le groupe faisait pour avoir encore du mou à vendre. Mais cela ne les empêcha pas d'enregistrer quelques mois plus tard le meilleur disque de leur carrière contenant lui-même un des meilleures reprises ever. Eh ! On est en 1969 les gens ! Fogerty roule sur de l'or et il n'est certainement pas le seul !


Mais meilleur disque à venir ou pas, Willy And The Poor Boys est définitivement mon préféré. En fait, il ne faut pas se laisser berner par ses promesses et l'amour démesurée des critiques qui l'entoure, ceci n'est certainement pas le grand album cristallisant l'esprit des musiques traditionnelles américaines et encore moins l'apogée absolu du root-rock. Non, non, il ne faut pas tout confondre : cet esprit et cet apogée, c'est la discographie entière de Creedence Clearwater Revival qui la représente et ce pauvre Willy, somme toute sympathique au premier abord, n'en est qu'un mince représentant. D'ailleurs : comment peux-t-on parler d'un disque épique quand celui s'ouvre sur la plus limpide, la plus légère et la plus magnifiquement humble des introductions : Down On The Corner ?


Allez ! une petite contrebassine, foutons-nous au coin de la rue et on chantons deux trois trucs pour faire sourire les gens le temps d'une après-midi, avec un petit protest song au milieu de tout cela pour avoir l'air sérieux ! Ainsi n'attendez pas ce chef d'oeuvre que l'on proclame sur tous les toits car il n'y aura pas de Proud Mary, de Lodi et de Who'll Stop the Rain, puisque cet album n'en a absolument rien à foutre. Rien à foutre de l'évolution musicale de son temps - mais ça, c'est une habitude, - rien à foutre d'apporter quelque chose de plus ou moins original et rien à foutre de l'élaboration mélodique, un peu comme si tout cela n'avait mis que deux mois à peine à être écrits, enregistrés et sortis chez le disquaire. (Oh, attendez. C'est ce qui s'est passé en fait !)


Mais c'est certainement pour toutes ces raisons que Willy est sûrement le témoignage le plus sincère, le plus fluide et cohérent de toute la discographie de CCR. Fortunate Son ne mérite pas une minute de plus, Down On The Corner n'a besoin de rien pour entacher sa simplicité, le générique d'un It Cames Out Of The Sky est d'un tel délice que j'arrive totalement à passer outre... L'album s'enchaîne tout seul et c'est aussi ce qui le distingue de ses illustres prédécesseurs que j'avais du mal à m'ingurgiter totalement. Comme à leur habitude, on fout au milieu de tout cela quelques magnifiques reprises - Cotton Fields et The Midnight Special - qui se mêlent comme un charme au reste. Fogerty et sa bande n'aura même pas pris soin de les transformer en monstres épiques à la I Put A Spell On You ou I Heard It Through The Grapevine, mais bordel, qu'est-ce que c'est beau ! Et comme un miracle, dans son je-m'en-foutisme ambiant, CCR livre son album le plus diversifié, entremêlant pop, rock'n'roll bien daté, country et blues dans un bordel bien agencé.


Et ce n'est que lorsque le dernier titre arrive à sa fin que l'on se rend compte que l'on vient de voyager de la plus sublimement optimiste des introductions à la chanson la plus horriblement torturée de tout le répertoire de Creedence, Effigy et ses solos criant à la mort.

Erw
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le 1 nov. 2015

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