Si WIXIW déstabilise par sa construction sonore, il fascine tout autant par la subtilité de ses paroles, souvent minimalistes, mais toujours lourdes de sens. Elles participent pleinement à l’atmosphère de flottement général, entre lucidité douloureuse et abandon progressif.
Prenons le morceau “No.1 Against the Rush” : derrière sa rythmique hypnotique, la voix d’Angus Andrew semble s’effacer dans une forme d’indifférence presque mécanique. Les paroles, répétitives et désabusées, traduisent un désenchantement intime, une impression de courir après quelque chose que l’on a déjà perdu. Il ne s'agit pas tant d'une critique du monde extérieur que d’un repli sur un soi inquiet, incapable de suivre sa propre course.
Le texte de “WIXIW”, la chanson-titre, incarne peut-être le mieux cette tension intérieure : “I wish you were here with me / I wish I could see you / I wish I could see through you.” En quelques lignes, tout est dit : la distance, la frustration, l’impossibilité de rejoindre l’autre ou même de se comprendre soi-même. Ces phrases simples ouvrent un gouffre émotionnel. Elles semblent dictées par l’inconscient, comme des fragments de journal intime lus à voix basse.
Il y a dans l’ensemble de l’album un travail d’épure, un refus de l’explication trop directe, qui renforce l’impact émotionnel. Les paroles n’ont rien d’hermétique, mais elles fonctionnent davantage comme des impressions, des pensées fugitives, presque inachevées. Ce sont des éclats de doute, des réflexions avortées, mais sincères – et c’est précisément ce qui les rend si puissantes.
L’exemple de “His and Mine Sensations” est particulièrement frappant : “I used to know what I want / Now I’m not so sure.” Cette ligne, déclamée avec une douceur presque naïve, est l’un des plus beaux aveux de désorientation que j’ai pu entendre. C’est une confession d’impuissance, mais qui n’a rien de dramatique : elle est énoncée avec calme, comme si l’acceptation du doute était une forme de sagesse.