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Trop propre
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le 6 oct. 2012
Sorti en 2012, Worship d’A Place to Bury Strangers n’est pas un album qui se laisse dompter facilement. Entre héritage assumé et identité bruitiste radicale, il évoque autant une célébration de la distorsion qu’une exploration intérieure de l’aliénation moderne. Avec une note de 7/10, mon ressenti est teinté d’un mélange de respect pour l’audace et de réserve face à certains choix répétitifs. C’est un disque qui mérite l’écoute — et surtout, qui mérite l’attention.
A Place to Bury Strangers ne cache pas ses influences, et c’est dans cette franchise que réside une partie de son intérêt. On pense évidemment à My Bloody Valentine, pour ces murs de sons impénétrables et cette façon de rendre les mélodies presque subliminales. Mais le spectre est plus large : il y a du The Jesus and Mary Chain dans la manière dont les morceaux grincent tout en restant mélodiques, et du Suicide dans l’approche minimale et répétitive de certains motifs. Worship ne cherche pas à innover à tout prix, mais à creuser une veine noire, urbaine, et profondément sensorielle.
L’héritage post-punk est également palpable, notamment dans les rythmes secs, les textures froides et les lignes de basse motorik, qui rappellent parfois Joy Division ou Killing Joke. Le groupe emprunte à ces figures tutélaires un goût pour l’asphyxie sonore, sans sombrer dans le pastiche.
La force de l’album réside dans sa capacité à produire une sensation physique. Ce n’est pas de la musique à écouter passivement : c’est une expérience à vivre. Les guitares saturées de Oliver Ackermann, également concepteur de pédales d’effets (via Death By Audio), donnent au disque un grain unique, abrasif mais contrôlé. On est à mi-chemin entre la machine industrielle et le cri organique. “You Are the One” ou “Fear” capturent cette tension entre beauté cachée et violence sonore.
Mais cette approche, aussi captivante soit-elle, atteint parfois ses limites. Certains morceaux, en reproduisant les mêmes schémas de saturation et de montée en tension, finissent par s’éroder les uns les autres. Le disque donne parfois l’impression de tourner sur lui-même, à la recherche d’un point de fuite qui n’arrive jamais vraiment.
Ce qui frappe, malgré la répétitivité, c’est la cohérence d’atmosphère. L’album crée un paysage sonore oppressant, où chaque titre semble prolonger l’ombre du précédent. Il y a quelque chose d’immersif dans cette homogénéité — une sorte de spirale sonore dans laquelle on se laisse glisser. Mais cette cohérence devient aussi une limite : peu de variations rythmiques, peu de ruptures émotionnelles marquées. On sent que le groupe maîtrise son langage, mais on aimerait parfois le voir le bousculer un peu plus.
Worship est un album exigeant, parfois difficile d’accès, mais dont l’identité sonore est indéniablement forte. Il s’adresse autant aux amateurs de shoegaze noise qu’aux passionnés de textures post-punk sombres et mécaniques. Si la répétitivité de certains morceaux peut lasser, la sincérité de la démarche et l’impact sensoriel de l’ensemble méritent le respect. A Place to Bury Strangers ne cherche pas à plaire — et c’est ce qui fait sa singularité. On ressort de Worship un peu sonné, un peu fasciné, mais surtout curieux de savoir jusqu’où ce groupe pourrait aller s’il osait ouvrir davantage les vannes de l’émotion.
Créée
le 15 avr. 2025
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