La technique du poulet sans tête

Avis sur 20th Century Boys

Avatar Josselin Bigaut
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Inconditionnel de Monster, j'ai renoué avec la méthode Urasawa. Des protagonistes multiples qui sont amenés au fil de leurs découvertes et aventures individuelles, à converger pour rejoindre finalement le dénouement : voilà une recette qui a fait florès. Une enquête menée par des amateurs qui se retrouvent embarqués dans une machination qui les dépasse.
Et celle-ci outrepasse largement celle concoctée par Johann Liebert.

Alors, c'est confiant et le cœur léger qu'on tend les bras à ce nouveau manga signé Naoki Urasawa. Très vite prenant. Plus rapidement encore qu'avec Monster. L'intrigue, répartie en deux lignes temporelles - puis trois par la suite - nous offre plus de surprises encore, le lot de révélations à l'aune du passé étant quasi intarissable. Nous observons alors les trajectoires individuelles d'hommes et de femmes du quotidien, avec tous les défauts humains que cela comporte. Les personnages sont très bien écrits, crédibles, réalistes et humains. Ils sont à l'image de ce que l'auteur nous avait réservé dans son manga précèdent.
Aucune déception en vue. Peut-être pourrait-on ergoter quant au caractère invraisemblable du complot que les très nombreux protagonistes seront amenés à déjouer, mais, en dépit de la démesure qu'il revêt, le plan d'Ami reste crédible dans les grandes largeur : celui d'un fantasme concrétisé et qui s'avère plus hideux une fois transposé de la fiction vers le réel.

Si la Justice guide les pas de ces héros de l'ombre, cela ne les privera pas de sévères déconvenues. Lorsque l'on s'oppose à une force capable d'ébranler une nation entière, il n'est pas dit qu'on renverse l'ordre établi si facilement. Les déconvenues seront légions et cela n'ajoute que plus de saveur au manga.

Le passage de Kenji à Kanna comme personnage principal se fait sans heurt et le désespoir de la situation subie par les protagonistes se ressent à chaque page. Tous évoluent d'une trame temporelle à une autre ; les plus faibles s'illustrant par un courage insoupçonné, animés qu'ils se retrouvent par la l'énergie du désespoir.

Tout cela serait parfait si l'auteur avait su vers quelle issue se diriger. Car monsieur Urasawa, lorsque l'on amorce une machinerie aux rouages aussi nombreux et tortueux que 20th Century Boys : on s'assure au préalable de savoir où on va en bout de course. Et ce n'est qu'après un certain temps que l'on prend conscience que l'intrigue suit le parcours d'un poulet sans tête. La course frénétique et haletante d'une volaille décapitée qui, au final ne voit pas où elle se dirige et s'y rend par réflexe.
Loin de moi l'idée de crier à l'improvisation constante de l'auteur mais, passé un événement spécifique survenu durant le tome douze, le lecteur se retrouve alors maintenu dans l'expectative à ne plus trop savoir comment la suite des événements s'avère imaginable.

La mort de Fukubei, le premier Ami, sonne la fin de la récré. Il y a du bon qui suivra, mais dévoiler l'identité de son successeur s'avérera être un pari audacieux. Savoir surprendre le lecteur non pas une fois mais deux avec le même élément scénaristique est plutôt risqué.
Et le risque ne paie pas dans ce cas-ci. Car c'est Katsumata, un personnage très peu exploité, délibérément maintenu dans l'ombre qui nous sera livré comme lot de consolation. Disséminer et divulguer davantage d'éléments rapportant son existence et son rôle auprès des personnages principaux durant leur jeunesse eut été plus que souhaitable pour nous faire passer la pilule. Indispensable même.

La fin nous fait l'effet un soufflé retombé après n'avoir que trop gonflé depuis le volume treize, moment précis où débute la course du poulet sans terre. On multiplie les attentes du lecteur quant à l'apothéose dans laquelle devrait se terminer le manga et.... c'est loupé. Bien essayé cela dit, mais ça reste une foirade. Une foirade partielle, à relativiser, mais rien qui ne puisse être comparé à la conclusion démentielle d'un Monster qui n'aura pas eu besoin de faire monter la mayonnaise artificiellement pour que l'on se régale.

20th Century Boys mêle habilement la nostalgie d'une enfance insouciante à la rudesse du monde adulte pour aboutir à ce qui donnera lieu de machination trop extrapolée sur la fin. Cette idée de faire se rencontrer l'innocence somme toute infantile à la rigueur du monde des adultes se retrouvera dans le prochain manga de l'auteur (Pluto) pour aboutir à un mélange des genres particulièrement succulent.

PS : Est-ce que cela ne vient que de moi ou bien le Coronavirus vous aura aussi immédiatement rappelé un certain scénario signé Urasawa dont j'ai présentement rédigé la critique ?

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