Drame familial entre magistral et répugnant

Avis sur Ayako

Avatar roi_juju
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Ah Ayako, on peux dire que mes attentes n'ont pas été déçu. Je cherchais un manga bien sombre à l'histoire familial complexe, et dans une époque dépaysante. J'en ai eu pour ma graine. Dans un Japon en plein chamboulement culturel et politique, on retrouve une famille de riche propriétaire terrien bien conservatrice comme il faut. Et d'une hypocrisie sans borne, eux se prenant pour des modèles, on les suit dans leur dépravation criminel. Le contexte et magnifiquement abordé, d'une genre de chasse au rouge à la mode Mcarthy jusqu'au lien entre yakuzas et politiques tout en passant par l'impunité américaine. On suit cette riche famille en plein déclin, on se délecte de leur souffrances et de leur crimes atroces. Cette riche famille qui nous ferait passer les Lannister pour des joueurs de seconde zone...

Le dessin est simple, sans aucune goutte de sang, on en a pas besoin. Le texte à lui seul suffit à montrer l'horreur de ces hommes et femmes qui utilisent le mot honneur et respect alors que leur acte en ont aucun pour l'humanité. Et le pire c'est qu'ils se l'infligent entre membre de même famille. Je vais essayer de lister tout les crimes dont j'ai eu affaire: meurtre avec et sans préméditation, séquestration, esclavage sexuel, viol, harcèlement pouvant pousser au suicide, coups et blessure (battre une femme), non assistance à personne en danger, tentative d'agression sexuel... Il y en a un dans la famille qui deviendra chef de clan yakuza alors la aussi la liste serait longue je suppose.

Le tout est si réaliste en plus, on essaye après les crimes et les mœurs bafoués de justifier, d'oublier.. Shiro, garçon au cœur d'or au début va devenir un déchet comme les autres, sont évolution est magistral. Il se dira j'ai fait comme les autres, ma famille est comme cela... Sakuémon, il couche avec la femme de son fils, il est manipulateur et exploiteur, autoritaire, un chef de famille qui sait prendre les pires décisions pour "l'honneur". Il essaye de se faire pardonner mais cela échouera.. Ichiro, l'un des pires aussi, un rapace avide en quelque sorte, il gagnera mais pour tout perdre. L'alcool n'est pas un remède qui permet le pardon... Jiro, le pire peut être, responsable de multiple meurtre et de tout les malheur de cette famille, c'est certainement lui le digne héritier de son père mais en pire je dirais au final. Il réussira dans la vie, il fera tout pour le pardon mais ici non plus il n'y est pas. Iba et Naoko, elles savent tout et elles sont complice du silence, Naoko a été brisé par la vengeance. Ce sont certainement les moins coupable de la famille au final....

Autant vous dire des personnages haut en couleur. Et un policier prêt à tout pour connaitre la vérité sur la sale affaire familial. Ayako, elle, c'est la victime de cette famille. Celle qui subira les échec des autres en quelque sorte, on veut être pardonné mais la grande symbolique, c'est qu'on ne peut pas. Le manga est divisé en trois en quelque sorte, la présentation, l'horreur, et l’enquête pour la vérité. La troisième partie souffre d'une légère baisse de tension à mon propre avis mais ce n'est qu'un léger détail. Cette fresque familial macabre à d’ailleurs un dénouement lui aussi symbolique. Cette fresque s'accompagne avec la modernisation du Japon, si vous pensiez que le passé était pire, il vous démontre le contraire...

Le monde est un fumier, un fumier qui grandit avec le temps. Et ce monde frappe d'injustice les coupables tout comme les innocents. La mort du jeune homme est triste à la fin, il n'était coupable de rien tout comme bien d'autre avant lui. Cette famille détruit des vies de toute les manières qui soit. Mais je pense que la société, l'environnement qui les entourent les poussent à commettre l’impardonnable. La société, elle aussi, elle est coupable. J'aime bien aussi la manière dont est représenté la justice ici, gangrené au possible. Au final, ce livre est à la croisé entre Balzac, Hugo et Zola. Oui, on retrouve bien l'idée d'hérédité ici, seul les femmes y rechapent. Certainement à cause du patriarcat, elles ne participent pas, elles se murent seulement dans le silence.

Un livre sombre et malheureusement réaliste. Dans un Japon entre les années 45 et 70, ce drame familial montre à lui seul une bonne partie des vices de l'humanité. Des vices criminels, répugnants, odieux, obscènes même... Ce drame vous tiendra en haleine tout le long de votre lecture. Une intrigue tortueuse, des personnages si humains et un monde si réaliste et injuste... Vous pourriez même y voir un léger reflet de notre monde je suppose... ainsi que de la nature humaine.

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