Une fiction historique

Avis sur Calvin et Hobbes

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Critique publiée par le (modifiée le )

J'avais beaucoup entendu parler de Calvin et Hobbes. Jusque là je m'étais refusé à acheter les albums car ceux trouvés en librairire sont franchement cher. Puis un jour, j'ai trouvé le tome 9 en seconde main. Je l'ai pris. Mon dépucelage fut violant. Une vraie grosse claque.

J'ai tout de suite été charmé par ce bambin à l'imagination vertigineuse. Son univers me parle totalement. PUis l'auteur est parfaitement à son aise, et c'est sans complexe qu'il ose parler d'une voix d'adulte au travers de ce corps d'enfant. Il y a aussi quelque chose de profondément triste à la lecture de cet album. Si Calvin fait rire par ses bêtises, Hobbes amène une dimension dramatique à cette 'fiction historique'. Car comment rire pleinement quand on se rend compte que ce pauvre enfant est enfermé dans ses lubies, bien plus que la normale. C'est triste, c'est drôle, c'est beau... tout ça en même temps.

Ce que je constate aussi, c'est que Midam a tout piqué à Watterson. Kid Paddle est une sorte de sous Calvin. Tant par son physique que son espièglerie. Bon attaquons la critique du tome 9. J'ajouterai les autres au fur et à mesure.

TOME 9 :

Ce qui frappe en premier c'est le ton. Je découvre le principe en cours, donc la première page me largue un peu. mais Watterson impose son style et il m'est très vite difficile d'y résister. Les gags sont drôles mais un peu doux amer aussi. Sous cette comédie apparante se cache un malêtre de l'enfance formidablement retranscrit. Il est d'ailleurs très facile de s'identifier à Calvin en creusant un minimum dans nos souvenirs ; Watterson dépeint avec justesse les joies, mais aussi les coups durs de l'enfance.

En même temps, et c'est là tout le génie de Watterson, s'il parvient à donner vie à un enfant c'est par le détour de son expérience d'adulte. Ainsi, Calvin ne parle pas comme un enfant, ses propos sont souvent exagéremment intellectuels. Cela rend la lecture particulière, et ce savant mélange entre innocence et expérience renforce le surréalisme des histoires.

Ce qui me plaît aussi c'est le fait qu'on puisse choisir d'y croire ou non à ces histoires. Pour ma part je n'y crois pas, d'où l'intensité dramatique que je ressens.Et qui renforce le comique de la situation. C'est bien connu le rire et la tristesse sont des sentiments qui se renforcent l'un l'autre.

Graphiquement, Watterson est habile avec son pinceau. Il n'a pas peur des blancs, de l'épuration et c'est tant mieux. Ca ne veut pas dire qu'il ne sait pas dessiner, bien au contraire. le rares décors sont hyper détaillés et maîtrisés. Ses compositions sont également intéressantes car l'auteur joue du cadrage, de la vignette et du phylactère. Cela donne des strips assez particuliers. Enfin, il gère à merveille les noirs et blancs, ainsi que les trames de gris ; cela permet de donner un rythme au dessin et à l'histoire.

Bref, une bien belle découverte, j'essaierai de chopper plus d'albums à l'avenir.

Tome 5 :

Pas de grandes différences entre cet album ci et le précédent que j'ai lu. Les gags sont ultra efficace, et Watterson permet toujours de s'exprimer au travers de ce jeune héros.

C'est vraiment ce décalage entre l'âge et l'insouciance de Calvin et son point de vue philosophique très mature qui transcende cet humour décalé. Ce n'est pas juste drôle, c'est étonnamment juste, profond et sincère.

J'aime beaucoup la relation de Calvin par rapport aux autres personnages. Finalement, il n'est pas fait pour être normal, car chaque fois qu'il se mêle aux gens, il est confrnoté à des querelles et une certaine incompréhension (même sous forme d'humour), alors que Hobbes ne lui amène que chamailleries gentilles, complicité, compréhension. C'est finalement un regard troublant, mais honnête sur le disfonctionnement de notre société, le viol de l'innocence au travers de la normalisation, de la maturation. C'est vraiment beau.

Bref, ce tome 5 m'a étonné de page en page, et je continue de recommander la saga aux novices comme moi!

Tome 16 :

L'auteur poursuit les aventures de Calvin et Hobbes dans ce 16ème volume. Oui 16ème! C'est énorme! Parvenir à maintenir une telle qualité en autant d'albums!

Il est amusant de constater que ce sont toujours les même gags qui reviennent ; c'est juste la façon de l'exploiter qui change, sinon Watterson utilise le même procédé comique pour amener sa chute (à quelques rares exceptions près). Oui mais voilà, Calvin et Hobbes sont tellement cool que ça ne dérange pas le moins du monde, et puisque l'auteur fait l'effort d'explorer ses limites (je ne me lasserai jamais des tirades philosophiques dont est capable Calvin), y a toujours de quoi s'abreuver.

Là où l'auteur tend à surprendre le plus, c'est dans la page du Dimanche, où il se prête plus à des jeux expérimentaux en ce qui concerne la mise en page.

Bref, encore et toujours une réussite!

L'intégrale :

J'ai acheté l'intégrale. Le pied ! Graphiquement ce fut un bonheur de découvrir l'évolution de l'auteur. Ne fut-ce que les expressions faciales de Calvin sont plus finse, plus variées. Et puis ce jeu d'épuration! Je jalouse ! Côté histoires, il faut bien admettre que, même si l'auteur a arrêté sa carrière juste quand il devenait un monstre sacré de la BD, il y a tout de même beaucoup de répétitions sur la fin, et ce malgré l'arrivée de nouvelles thématiques.

Ces nouvelles thémpatiques d'ailleurs (ordinateur, internet, télévision, publicité) permettent de véritablement encrer Calvin dans notre société, alors que jusque là il semblait intemporel. Le choix vestimentaire épuré permet ainsi de donner l'illusion que les derniers gags ont été réalisés il y a quelques semaines seulement.

Un phénomène qui m'a toujours intrigué dans la série, c'est l'aspect social. Calvin vit dans une famille où la mère reste au foyer et où le père est un simple fonctionnaire. Et en effet, c'est assez étrange de constater que la famille préfère mettre un pull que d'allumer le chauffage quand l'hiver approche.Ca n'a l'air de rien, mais ce n'est aps souvent qu'une bd offre un tel étalage de vie privée. Si l'on prend le petit Spirou, Titeuf, Cédric, jamais il n'est question d'argent ni de statut social. C'est peut-être ce qui rend Calvin et Hobbes si unique, cette volonté de traiter de la réalité par le biais de la folie... ou l'inverse? Tout n'est donc pas juvénile dans cette BD, il ya a u contraire une véritable réflexion sans doute grâce aux études de philo de l'auteur.

Je recommande d'ailleurs la lecture de ce texte introductif dans lequel Watterson explique tout de sa vie de cartooniste, c'est-à-dire comment il a percé, pourquoi il a arrêté etc.

Bref, l'intégrale de Calvin et Hobbes est passionnante et est incontestablement une oeuvre majeure du 9ème art.

BONUS : ancien texte écrit pour le doublon qui a été supprimé (sans mise en page, désolé) :

A la découverte de l'intégraaaaaale
J'ai acheté l'intégrale à Noël. Quelques jours auparavant, j'avais reçu un bon de 50 auros pour la FNAC. Je ne savais alors quoi acheter avec ce bon : des dvd? ou bien le dernier Chris Ware? Sur place, je constatais qu'il y avait des films pas mal pas trop cher. Le Chris Ware était par contre en bien mauvais état, il ne restait plus que la version pour rpésenter, donc ouverte et sale et, qui sait, peut-être dépossédé de quelques livres contenus dans la boîte. A côté trônaient les deux intégrales de C&H. Une de luxe divisée en trois énormes bouquins dont la couverture est en toile, et une autre plus modeste divisée en 4 volumes moins encombrants et à la couverture souple. Le contenu est le même. La version luxueuse coûtait 10 euros en plus seulement. J'hésitais donc. Le vendeur, qui m'avait renseigné sur les prix, se permit de me conseiller : la version de luxe est certes plue belle, mais surtout beaucoup plus encombrante puisque tout est réparti sur 3 bouqiuns de grande taille et donc très lourds. Alors que l'autre version permet une meilleure manipulation des bouquins. Je me suis alors souvenu de mon intégrale de Krazy Kat qui effectivement est très pénible à manipuler tant le livre est lourd et grand. J'ai remercié le libraire de la FNAC et j'ai été payer la version en 4 volumes. Dans le premier livre, Watterson nous parle de lui, de ses débuts difficiles, de sa percée, de ses congés sabbatiques souvent perturbés par des mises en justice et de son choix d'arrêter après 10 ans de bons et loyaux services, c'est-à-dire en pleine apogée de sa carrière. Lucide, l'auteur est conscient qu'il n'aura jamais plus un tel succès, mais il reste humble et se donne à fond dans ses nouveaux domaines de prédilection artistique : la peinture et la musique. L'une des raisons pour lesquelles il a arrêté cette série, c'est la peur de rester enfermé dans son processus de création, de se répéter à l'instar d'auteurs publiés dans les journaux. C'est une intention louable. Et il est vrai que déjà comme ça, l'auteur se répète, les running gags sont très nombreux. Je suis donc content aussi que l'auteur it arrêté. Il explique également que grâce à cette série, il a pu dire et expérimenter tout ce qu'il a toujours voulu, et il est vrai que sur les dernières anénes, ses pages du dimanche sont toujours plus recherchées tant sur la forme que dans la narration. On remarquera également quelques forme de déclin la veille de chacun de ses congés sabbatiques, de même que la dernière partie de C&H m'a semblé être la plus mature mais aussi la plus cynique. On constate aussi une évolution des thèmes, la dernière partie, une fois de plus, est un regard plus sociologique de notre société, où l'auteur prend du plaisir à critiquer l'émergence d'internet ainsi que la pollution publicitaire à la télé. Des sujets d'actualité qui gardent leur sens encore aujourd'hui. Les trois premiers volumes de C&H semblaient intemporels, mais le dernier volume se rattache à des phénomènes de société d'aujourd'hui. En parcourant les albums, j'ai aussi constaté une différence par rapport aux queqlues albums que j'avais acheté : les pages du dimanche sont mises en couleur (ordinateur) ; les trames ont disparu. Si els premières planches font un peu mal aux yeux à cause d'un pannel de couleurs trop variées, sur la fin les tons sont justes et le côté mise en couleur par ordinateur ne chagrine pas comme c'est souvent le cas. Ensuite, il y a l'évolution de Calvin. On peut parler de paradoxe. D'un côté, il se montre de plus en plus lucide et philosophe sur notre monde, et d'un autre il plonge toujours plus loin dans sa follie et son imagination. Il y a aussi des gags qui posent de plus en plus de question quant à l'existence réelle ou non de Hobbes ; l'auteur créée le doute par le biais de situation qui semblent impossible si Hobbes n'était pas réel. Il y a toujours moyen de toruver une explication à la 'Fight Club', mais on dirait que Watterson avait de plus en plus envie de croire en cet animal. Enfin, je voudrais parler de la découverte de l'oeuvre globale. Je n'avais lu que quelques tomes achetés dans des librairies de seconde main. Il y a donc un pan de construction qui m'a manqué, j'avais dû prendre le train en route. Le plus frappant, pour moi, en découvrant l'intégrale, ce fut l'introduction du personnage de Suzie. J'avais bien compris que leur chamailleries cachaient une attirance réciproque, mais je n'aurais pas cru que dans les première page de son apparition, cet état de fait aurait été aussi clairement dit. Hobbes, d'ailleurs incarne les pulsions sexuelles de l'enfant pusique toujours à l'affût de 'babes'. Ce fut donc une belle (re)découverte que de lire tous ces gags. Une sacrée aventure. Il est impossible de tout lire d'une traite, on end evient forcément malade, c'est comme pour tout. J'ai donc intercalé des albums de Tuniques Bleues pour changer de registre. Calvin et Hobbes est une oeuvre très forte, à la fois drôle et poétique, légère et profonde.

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