Superman ? Vraiment ? Un scandale nommé Morrison

Avis sur Genèse - Superman, tome 1

Avatar Vy Ty
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Ceux qui me connaissent savent à quel point j’exècre Grant Morrison et ses oeuvres. Mon regard est-il biaisé pour autant face à ce premier tome censé rebooter le personnage ? Je ne crois pas.

Le nouveau Superman est clairement un échec. Malgré la réputation de l'auteur, un grand nombre semble se rejoindre pour affirmer l'étrangeté du Superman qui est présenté ici. Qui y-a-t-il donc dans ce tome qui justifie qu'un certain nombre d'admirateurs du scénariste restent eux-même perplexe ? Une moyenne de 6,5 pour un Grant Morrison, c'est clairement une moyenne parmi les plus basses. Les autres tomes de cette renaissance de l'homme d'acier se situent eux-aussi aux alentours.

La réponse est simple, une longue critique n'est même pas nécessaire ; nous avons affaire à une trahison !
La plus terrible et la plus évidente trahison, la plus rare peut-être dans des univers régulés bien souvent par les éditeurs : Le mythe même est attaqué dans ses fondements. Le Superman ici présent n'a rien à voir avec le Superman qui existe depuis plus d'un demi-siècle. Il en a l'apparence, et encore, mais c'est tout.
Chaque mythe fonde son personnage sur quelques problématiques essentielles. Quelles sont-elles quant à l'homme d'acier ?

J'en vois deux principales :

_ Superman contrairement à bon nombre de héros est une icone qui se doit d'inspirer l'humanité, c'est pourquoi il rend justice à visage découvert. C'est un modèle, un espoir, il est l'humanisme incarné. De manière étonnante, Grant Morrison semblait l'avoir compris dans le comics que je n'apprécie pas trop, mais qui n'est pas incompatible avec le personnage, Superman All-Star. Ici grand Dieu, il suffit d'une première page, pour se rendre compte de la trahison scandaleuse. Superman est une brute sauvage, qui menace les gens. Il suspend un "salaud de riche" à quelques dizaines de mètres et le menace. La torture ne semble pas lui poser problème, il semble toujours en colère et prêt à tout pour réparer les injustices. En résumé, Superman est devenu Batman, il ne cherche plus à inspirer, mais se fait craindre. Superman n'est pas là pour essayer de sauver les gens d'eux-même, culpabilisant systématiquement de recourir à la violence, au contraire il semble s'y complaire. Superman a déjà été présenté de manière effrayante, dans des récits alternatifs comme Injustice. Mais même dans ce comics, c'était un véritable bouleversement qui le faisait basculer du côté obscur, une tragédie sans pareil. Même dans RedSon, où il incarne un super-héros du mauvais côté politique et qui finira par commettre des horreurs, il est mu par son humanisme, mais un humanisme perverti. Clairement dans ce comics, censé être le premier définir les bases du super-héros, c'est une simple brute, qui profite de sa supériorité pour imposer sa loi. J'en viens à la deuxième problématique fondamentale du personnage.

_ Superman est un étranger sur terre, qui cherche sa place parmi l'humanité, tout en s'élevant au-dessus d'elle moralement. On retrouve alors souvent l'idée d'une solitude, qui cherche à concilier sa différence au monde. De part cette supériorité physique, contrairement à Batman, Superman accepte le système tel qu'il est. Il cherche à le soutenir, même lorsqu'il dénonce des injustices que la société ne règle pas, c'est en appartenant à une institution fondamentale aux états-unis, les journaux. Pourtant dans ce comics, on retrouve un superman qui déteste la société dans laquelle il vit, c'est un révolutionnaire bolchévique prêt à cracher sur les riches. Son métier de journalisme n'est plus intégrer à l'institution, mais au contraire, il semble davantage un blogueur en révolte qui refuse clairement d'intégrer le système. Pourquoi pas pour un super héros, mais pas pour Superman. Adolescent attardé, il est arrogant et profite de sa supériorité pour l'imposer aux autres, il ne doute jamais de l'infériorité d'une humanité méprisable. Mais où est donc le Clark Kent souhaitant à tout prix s'intégrer aux autres, de par sa difficulté, ses constants efforts pour paraître normal durant son enfance ?

Cette nouvelle image de Superman proprement scandaleuse en vient d'ailleurs à contaminer bon nombre de séries DC. Grant Morrison a qui est confié la série Action Comics comme à son habitude refuse d'annoncer avant publication (quasiment) le scénario de ses runs, et met dans la panade tant l'éditeur que les autres scénaristes travaillant sur superman notamment dans la série intitulé sobrement "Superman". S'accumulent alors des incohérences rares dans le monde des comics gouvernés par des éditeurs souvent frileux et qui aiment à bien diriger les grandes lignes de leurs séries. Et pour une fois, parce que c'est Grant Morrison, ils n'ont rien dit, ils ont baissé la culotte et subissent alors l'arrogance et l'égocentrisme du scénariste. Dans justice League, Geoff Johns très bon scénariste au demeurant se doit d'incorporer ce nouveau Superman, il réussit à faire une équipe cohérente dans son run et accepte au pied du mur ce nouveau superman. DOnt le premier réflexe est d'aller dégommer d'autres super-héros au lieu d'entamer le dialogue. La trinité représenté par Superman/Batman/Wonderwoman n'est clairement plus possible. Superman cette brute sanguinaire ne peut plus être un meneur. Batman prendra donc plus ou moins seul cette place. Encore une trahison.

Grant Morrison n'en a rien à foutre de Superman. Grant Morrison n'a jamais réellement compris l'intérêt des mythes sur lesquels il travaillait. Tout est-il à jeter pour autant ?
Non, certaines idées comme souvent chez le scénariste sont assez sympathique. IL a voulu rendu le super-héros moins tout puissant, comme à ses origines. Pourquoi pas ! Il a même la très bonne idée de nous présenter un super-héros dont les pouvoirs semblent s’accroître au fur et à mesure des numéros. C'est assez intéressant, tout en nous présentant donc un kryptonien qui doit lutter pour vaincre, il nous amène petit à petit à cette force indomptable.

Outre la trahison fondamentale, qu'en est-il du scénario, de sa structure et de son rythme ? La patte scénaristique propre à l'auteur consiste souvent à présenter des scénarii confus qui partent dans tous les sens, et qui masque par cette confusion leur vanité se déguisant en fausse richesse et complexité. C'est ce qui fait le succès principal de l'auteur d'ailleurs. Est-ce le cas ici ? Oui et non. Non pendant la grande majorité de ce premier tome, le récit claire s’enchaîne avec fluidité, c'est la raison pour laquelle ma note n'est pas bien plus basse. Étonnamment ici, Morrison présente sur plusieurs numéros une intrigue claire et bien rythmée.La fin du tome ne peut s'empêcher pour autant de partir dans un brouillon scénaristique portée par des histoires de voyage temporels confus. Les fans du scénariste seront probablement rassurés alors et pourront s'extasier de ce galimatias inepte duquel ils pourront après plusieurs relectures extrapoler quelques cohérences et sous-textes sibyllins.

Bonus (Quelques citations typiquement à côté du personnage car il est effarant que chaque ligne de dialogue semble tout droit sortie de la bouche de Batman....)
_ Première phrase de superman, 1ère page :
" oumpf. Des riches... SALAUDS. Et des salauds armés. Je suis votre pire cauchemar."

_ Troisième page, alors qu'il suspend dans le vide quelqu'un et qu'un policier lui demander de le relacher ;
".... dès qu'il aura tout avoué. ... à quelqu'un qui croit encore que la loi s'applique aux riches comme aux pauvres. PARCE QUE SUPERMAN LUI N'Y CROIT PLUS !"

_ "Voilà comment ça va marcher, Métropolis ! Ceux qui maltraiteront leur concitoyens recevront MA visite."

Vers la fin du comics, il faut faire parler quelqu'un, qui ne contrôle pas ses métamorphoses quelle réaction de superman : "Nous n'avons pas le temps ! (Puis s'adressant à lui à terre) Et pas de dents ça te dit ?"
Autant de la part de Batman qui reste humain, c'est badass de menacer d'exploser la machoire pour faire parler, venant de la part d'un homme aussi puissant que superman, c'est carrément effrayant de le voir prêt aussi facilement à utiliser la violence.

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