Le récit de Mathilde, une observatrice internationale qui assiste au premier vote libre au Kirghizistan, et qui découvre une réalité en nuances de gris... J'attendais de cette bande dessinée qu'elle montre les rouages des processus électoraux, qu'elle incite à la réflexion... J'ai fait acheter le livre par le CDI, dans le cadre de la spécialité HGGSP, mais je le déconseille. La BD aborde des pistes de réflexion à sa manière, mais elle privilégie de loin la dramaturgie sur la pédagogie, et au fonds, ce n'est guère exploitable pour un travail en classe.
Le schéma narratif rappelle trop celui d'un film français. Le personnage principal, Mathilde, une jeune femme de 27 ans, est à la fois une individualiste assez irresponsable et une idéaliste donneuse de leçons. A travers elle, évidemment, on voit plusieurs facettes du problème de ces républiques d'Asie centrale, mais justement, c'est toujours à travers elle, et vu qu'elle n'est guère un personnage attachant, ce n'est guère prenant.
Parmi les problèmes abordés : le clientélisme évidemment (les observateurs reçoivent partout la même boîte de chocolat), le relativisme de certains observateurs qui préfèrent croire qu'il y aura des progrès à long terme, les bourrages d'urne, les paradoxes de la population, très à cheval par exemple sur sa dignité (refus de se faire tamponner le poignet) alors que les infrastructures de soin sont complétement délaissées par le pouvoir en place, l'affrontement de différents clans tous pourvus de nervis pour les gros marchés étrangers.
Ce que j'ai trouvé le plus original, je pense, c'est ce petit col blanc français qui vient nouer des contacts en vue d'affaires de grands groupes français et qui félicite Mathilde, car les élections leur prépare le terrain en rendant le pays fréquentable. Mais bon, comme je le disais, c'est difficilement exploitable.
Quant au graphisme, le découpage et les couleurs sont réussis mais les corps et leurs expressions sont tantôt réussis, tantôt un peu raides, et les paysages sont à peine ébauchés, ce qui aurait été un gros plus pour le charme de l'ouvrage.
J'aurais aimé plus de pédagogie sur le rôle de l'ONU, le travail effectif d'observateur (au fonds Mathilde ne cesse de faire du tourisme d'investigation, on ne la voit quasiment jamais au travail), sur les équilibres géopolitiques.
L'observatrice n'est pas inintéressant, mais j'en attendais davantage sur la question des observateurs internationaux lors d'élections.