La véritable histoire de Futuropolis 1972-1994 par Nina in the rain

« Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître... ». Le temps où Futuropolis était en noir et blanc avec des couvertures inimitables, des lettrages faits à la main et où Soleil n'avait pas fait son entrée dans le capital de la maison d'édition. Le temps où Etienne Robial et Florence Cestac en étaient à la tête. Souvenez-vous ...

Quatre ans après mai 68, la tête encore pleine de projets extraordinaires, Robial et Cestac accompagnés de Denis Ozanne et Jean-Claude de Repper se lancent dans une aventure complètement folle : racheter une librairie. Et pas n'importe laquelle : la seule spécialisée BD de l'époque, Futuropolis, sise 103 rue du Théâtre dans le XVème arrondissement parisien, point de rencontre des collectionneurs d'occasions. Formés par le propriétaire, à l'occasion lettreur pour arrondir ses fins de mois, les quatre fous se lancent dans cette aventure avec toute la fougue et l'inconscience de la jeunesse. Comme ils ne sont pas au courant de tous les dangers inhérents à ce genre de projet, ils ne se rendent pas compte du brio avec lequel ils les évitent.

C'est en découvrant les anciennes publications de Calvo que nos compères auront l'envie de publier leur premier album, afin de présenter au public les travaux extraordinaires de cet auteur oublié. L'aventure éditoriale était née.

Au fur et à mesure des rencontres et des passions, ils deviendront plus éditeurs que libraires, l'équipe s'étoffant de nouveaux collaborateurs, mais la fabrication à la main restant d'actualité.

Les premiers succès arrivent, les premières disputes aussi... La librairie est vendue. De déménagement en rachat, Futuro quitte l'entrepôt peu étanche de la rue des Ecoles pour les superbes bureaux des éditions Gallimard, rue de l'Université. Jusqu'au moment où, par lassitude peut-être, mais surtout appelés par d'autres aventures, les acolytes se séparent, ce qui marque la fin de Futuropolis.

C'est cette grande aventure d'une petite maison que Florence Cestac a choisi de raconter, en gros nez et dans la bonne humeur, accomplissant ce qui semble être à la fois un devoir de mémoire et un bienveillant retour sur une aventure qui a marqué la bande dessinée moderne d'une empreinte indélébile. Avec énormément d'humour, et une impressionnante mémoire des détails, des personnes et des lieux, elle nous transporte il y a trente ans, dans le foyer d'une nouvelle forme de bande dessinée française de création. Tout en évoquant les grands de l'époque, ceux qui ont donné ses lettres de noblesse à Futuro (les Tardi, Gir, JC Denis...), elle croque avec tendresse les petits jeunes qui ont un jour frappé timidement à la porte avec un carton à dessin sous le bras : Baudoin, Trondheim, Menu... Ceux qui plus tard créeront l'Association, que Florence Cestac définit elle-même comme « les dignes héritiers de l'esprit Futuro ».

La véritable histoire de Futuropolis est un album passionnant, tant pour les néophytes que pour les amateurs chevronnés. Il raconte d'une façon synthétique 20 ans d'édition indépendante, même s'il insiste beaucoup sur la partie librairie. Les puristes savoureront les récapitulatifs des collections, les rencontres avec les auteurs et la description étape par étape de la fabrication des livres, tandis que les autres jubileront devant l'humour de Cestac et la vie avec laquelle elle décrit la fourmilière de la rue des Ecoles.

Un très bel album donc, qui ravira toute personne qui s'intéresse, ne serait-ce qu'un peu, à l'histoire de l'édition française.
Ninaintherain
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Le 27 mars 2012

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