Je devais avoir dix, peut-être onze ans, j’accompagnais souvent ma mère faire les courses dans un grand magasin, à l’époque on trouvait un large stand presse et BD dans ce genre de commerce. Un jour, entre deux Rahan, j’ai dû demander à ma mère de m’acheter une BD avec ce jeune couillon en col roulé rouge, son hideuse veste blanche à points noirs et une tronche de Ken. On était au tout début des années 80, une époque bénie où nos daronnes ne voyaient nullement d’un mauvais œil la perspective d’acquérir pour dix balles une BD avec des covers souvent effrayantes et des titres très explicites (avec les mots mort, crime, spectre etc dans le titre quand même). Tout môme, je suis tombé dans la marmite Ric Hochet, comme le gars avait déjà une production fournie et produisait deux épisodes par an, je ne l’ai jamais lâché même si la qualité a périclité dès que les deux auteurs Tibet & Duchâteau ont commencés à vieillir.
En 2026 la lecture d’un Ric Hochet est un immuable plaisir, si on s’en tient aux unités du la fin des années 60 puis la meilleure celle des 70 et enfin les 80, dès les années 90 ça a commencé à ronronner dans le farfelu et les années 2000 furent cruelles.
Les personnages continuent toujours à parler en faisant de grands gestes, en pointant, en ouvrant les bras, en s’exclamant largement, le commissaire Bourdon et Hermelin ont les mêmes traits depuis quarante ans, Nadine s’est très légèrement remplumée, seul l’inspecteur Ledru a vieilli, Ric, vaillant septuagénaire (si on part du principe qu’il a vingt piges au 1er épisode), continue à être intelligent, brave, courageux, fidèle à son image de redresseur de torts, con comme un balais à récurer à force de continuellement se jeter dans la gueule du loup, quitte à prendre des coups sur le carafon sans jamais être blessé. A noter – un rituel dans chacune des dizaines de BD – la misogynie absolue, Nadine est bonne à cuisiner, se faire du souci, servir le café aux hommes après le repas, porter des maillots de bains et s’amouracher de ce grand dadais de Ric.
Ici dans ce Collectionneur de crimes absolument, pas une seule seconde, crédible notre héros débarque dans un château afin de débusquer des malandrins sur armés coupables de meurtres en gilets-par-balles visibles à trente mètres avec des… gourdins. Pour le reste les deux auteurs continuent ce jeu petit jeu méta, Hochet est un héros de BD dans sa vraie-fausse existence, les allusions sont légions, le dessin encore correct, l’arrière-plan souvent non dessiné et le final de cette double aventure (elle fait suite au Nombre maudit) complètement conne. Pas nulle, non, juste pas bonne. Le pire reste cependant à venir…