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Avis sur Londres - Peter Pan (Vents d'Ouest), tome 1

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Imaginez une tante qui va voir son petit neveux de 10 ans pour noël et qui veut lui offrir un cadeau. Mais elle ne sait que choisir. Elle appelle sa sœur, qui lui dit "il aime bien, tu sais, ces 'bédés', là... Avec des choses fantastiques, là..."
Suivant le conseil de sa sœur, pleine de bonne volonté maternelle de faire plaisir à sa progéniture, la brave tante regarde dans le rayon. "Tiens? Peter Pan en BD? C'est sympa, ça!" Pense la brave dame en voyant le premier album, mis en avant sur les présentoirs. "Oh? Un million d'albums vendus? Mais alors c'est que c'est bien, à coup sur. Et puis, une BD de Peter Pan, c'est parfait pour un petit garçon de son âge!"

Et voilà comment le petit garçon en question, réveillé depuis 4 heures du matin, trépignant dans son lit sous l'impatience d'aller trouver ses cadeaux au pied du sapin, sera traumatisé à vie; plus encore que si on lui avait fait voir "The human centipede" dans une cave humide infestée de rats.
Bon, OK, je dois exagérer un tantinet.

Rigolez (ou pas), mais je suis sûr que cette situation a dû arriver.

Parce qu'il y a des adultes mal renseignés qui pensent que la BD, c'est automatiquement pour les enfants, et que Peter Pan, c'est un petit gars au nez pointu et en collant vert.

En réalité, le récit complet en 6 tomes de Loisel, ça se rapprocherait plutôt d'une énorme verge de quarante centimètres qui viole -à sec avec du gros sel- l'inconscient collectif que Disney a implanté dans la tête de monsieur tout le monde.

En effet, Si Peter refuse de grandir, c'est qu'il est abîmé au plus profond de son être. Par son père, qui l'a abandonné, mais surtout par sa mère, cruelle et alcoolique, dénuée de tout instinct maternel. Dans les quartiers les plus misérables du Londres victorien, il vit une enfance atroce. En comparaison, Oliver Twist est le gamin le plus heureux du monde.
C'est par l'imaginaire qu'il s'évade.

Ainsi, la thématique de base des romans originaux de J.M Barrie est respectée, voire même plus approfondie que jamais. Le refus de grandir en voyant ce que sont les adultes, mais aussi le rapport entre la réalité -trop dure à affronter- sa fuite par l'imagination, qui au final rend la vie tout aussi dure. Du moins telle est ma perception.

Mais ce qu'on doit trouver le plus dérangeant dans cette lecture, c'est le sexe. D'emblée, le tome un montre tous ses aspects avilissants. On voit le genre humain perverti par ses bas-instincts et ses frustrations, ainsi que toutes les déviances que cela engendre. À titre personnel, je me retrouve entièrement dans ce dégoût du sexe vulgarisé que transmet l'auteur, sali par notre société bridée.

[SPOILER] Le passage du tome 2, où Peter se retrouve confronté à ses angoisses les plus profondes, est particulièrement frappant. Quand, dans sa vision hallucinée, sa mère le sort de force de son ventre en l'insultant, pour ensuite saisir son bébé et lui arracher le pénis avec les dents... J'avoue être resté bloqué devant tant de violence, et avoir mis un moment à tourner la page. [FIN SPOILER]

C'est sans doute la BD qui m'a le plus chamboulé émotionnellement.

L'histoire en elle-même tient la route, l'univers instauré est riche et crédible. Loisel a su exploiter son matériel de base de manière exhaustive. Il s'agit bien, selon mes goûts, de la meilleure adaptation du livre que je puisse concevoir.

Il va sans dire que je trouve le dessin excellent, les personnages ont tous un corps et un faciès unique ( chose qui manque à nombre de dessinateurs réalistes, même des très bons). J'aime que les femmes soit rondes tout en restant féminines (notamment les sirènes et clochette), parce que j'en ai marre de ces préceptes de beauté basés sur la maigreur.
J'aime ce style très organique, assez rare dans le monde de la BD, j'aime la sensation que les personnages ont un grain de peau, une asymétrie... Certaines BD sont très vivantes de différentes façon: expressions, mouvements, ou simplement le talent du dessinateur. Celle-là l'est par son côté sale. La réalité n'est pas aseptisée, les gens transpirent, les habits sont usés, la peau souple.
C'est du moins ce que je ressens grâce à Loisel.

Et puis les personnages sont tous charismatiques, ont leur caractère, leurs défauts et qualités, on peut se sentir proche d'eux, pas en s'identifiant mais plutôt comme on considère les membre de sa famille: on les connaît trop bien, et on les trouve aussi insupportables qu'attachants. De plus, les mots qui sortent de leur bouche sont tout aussi colorés.

Tel est mon avis.

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