Sentiment mitigé pour ce roman graphique de quelques kilos

Avis sur Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, tome 1

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Difficile de s'accrocher. Le premier tome pèse un certain poids, la traduction française ne brille pas par son naturel, les croquis et les visages grimaçants sont souvent moches (mais il y a de très belles planches, surtout celles avec Anka, la voisine qui vient d'être retrouvée morte... et on pourrait argumenter que, vu que ce sont les humains les monstres...), impossible de faire abstraction des lignes du cahier et des griffouillis qui rendent certains textes illisibles, trop d'histoires (d'intérêt variable) de gamins, de visites de musées interminables, trop de blabla...

Je lis les critiques des autres qui louent la beauté des reproductions de couverture de magazine... disons que ça n'apporte pas grand chose à l'histoire (et c'est assez lassant car trop répété).

Pourtant, l'histoire incroyable d'Anka, glauque à souhait, marque les esprits.
Et là encore, on pourrait objecter que ça part dans tous les sens. Prostitution, pédophilie, viols et agressions sexuelles, rituels sexuels et religion, camps nazis, fuite, infidélités, meurtre, botanique.

Les mystères entourant la famille de Karen sont également intéressants : la santé de la mère, le frère Diego et sa culpabilité, le père violent devenu invisible,

un second frère mort dont on découvre l'existence vers le 4/5e du tome...

Beaucoup de question en posant ce tome :

Qui a tué Anka (est-ce une personne issue de sa jeunesse sur l'ancien continent ou sur le nouveau) ? Et comment Deeze a tué son frère Victor (seules indices : c'était un crime de jalousie, sa mère lui en a voulu, Anka a été la seule à le soutenir...) ? Qui est réellement M. Gronan (on sait qu'il est en prison pour couvrir quelqu'un et qu'il fait surveiller sa femme et son appartement durant son absence) ? Qu'est-il arrivé au ventriloque Chugg qui a disparu du building en n'apportant que sa marionnette préférée (le reste ayant été jeté) ?

Plusieurs bémols pour les amours de Karen, son amie imaginaire rachitique, son protecteur trans, son rejet par les autres enfants, la tentative de viol... c'est sans doute pour donner corps et âme au narrateur, mais cette vie "d'enfance" est moins crédible, moins bien ficelée que le reste (le ton n'est pas toujours celui d'un enfant, et son récit de vie quotidienne parasite les trames dramatiques qui devraient davantage être exploitées). D'autant plus que la forme du journal intime aurait permis d'illustrer l'obsession, la haine, la peur, etc. et qu'on ne voit rien de tout ça à la première personne (ou en tout cas, pas comme je le souhaiterais). Donc ici, pas vraiment de sentiments d'identification avec Karen, même si on peut aussi se voir soi-même comme un monstre et avoir vécu des choses similaires.

Attendons de voir la suite, en espérant que ce ne sera pas encore une autre de ces néo-tragédies grecques incestueuses, comme le laisse présager la mention d'Oedipe, ou un autre de ces drames à saveur biblique (Caïn et Abel), et que les personnages intéressants prendront plus de place que les problèmes d'estime de soi de Karen.

Je ne sais pas trop quoi dire de cet OVNI, alors je mets une note bidon pour l'instant.

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