Louper son entrée, c’est pas une chose à faire. Surtout si c’est pour continuer à s’effondrer même après s’être affalé sur le sol.
Ah ça pour être un début manqué, c’en est un beau. Que cela se sache, je croyais, tant c’était mal présenté, que j’avais loupé le premier chapitre pour atterrir par mégarde sur le deuxième. Les personnages s’introduisent mal, comme si on les connaissait, et l’intrigue ne décolle pas pour autant.
Bien sûr, une pareille erreur ne saurait être pleine accomplie à moins d’y joindre une pléiade d’autres. Commençons par les personnalités des protagonistes… je crois que ce qui nous parvenait était alors l’idée qu’une machine se faisait d’un humain. Muhyo et Roji miment l’existence à défaut de l’incarner. Ils n’ont que de faux élans impétueux à faire valoir pour s’illustrer, et c’est chaque fois usant. L’un est inutilement enjoué quand l’autre cherche à paraître plus lugubre et cynique… pour finalement s’exposer comme lamentablement lisse, mais avec un long sourire carnassier. Il ne sera donc question que des plates apparences.
Et c’est pas de chance pour l’auteur, ça… parce que niveau apparences, y’a pas un kopeck à miser, ni même la moitié d’un. Les dessins sont basiques, sans imagination, sans style, sans envergure ; le minimum syndical est fourni pour nous assurer qu’il s’agisse d’un dessin. Un de ceux qui méritent qu’on les contemple ? Je crois pas que Yoshiyuki Nishi se soit embarrassé de s’en soucier.
C’est un Neuro avant l’heure – à même pas six mois près – qui lui n’a jamais su avoir de corps à l’âme ni même d’âme au corps. De là à dire qu’il n’a rien pour lui… eh bien je le dis, que ça soit su. Le fait est qu’il est question de surnaturel – si mal – et d’enquêtes – si nazes – avec au milieu un duo bon flic-méchant flic passé à la moulinette Shônen.
L’exposition liminaire de la magie y est maladroite et pataude, sans compter que ladite magie ne s’embarrasse pas de règles définies. Ce qui forcément la déconsidère à nos yeux, car elle n’est alors plus une magie, mais un couteau suisse scénaristique capable de tout permettre.
Oh, je vois bien que ça cherche à être drôle, je loue l’effort perpétré. Le résultat, moins. Neuro savait faire rire par sa cruauté bonne enfant et en s’abstenant de nous saturer de trop d’agitations et de cris. Ici, ça bouge et ça parle pour la finalité de ce faire, on peine alors à souscrire à ce qui advient. Il est, je crois, de notoriété publique que ceux qui ont le moins de chose à dire sont aussi les plus bavards.
Dit-il en enchaînant les critiques de plus de mille mots a un rythme hebdomadaire.
Le fait est que ça s’obstine à chercher à invoquer l’action et le drame à gesticulant plutôt qu’en s’en remettant à l’écriture. Aussi le résultat laisse-t-il à désirer puisqu’on tente – lamentablement – d’émuler une atmosphère et des enjeux à une œuvre qui s’obstine à en être dépourvus.
Que peut-on dire de bien de Muhyo et Roji ? Eh bien… qu’ils ont le mérite de ne pas être Mashle. Ce qui est déjà ça de pris. Pensez bien que voilà d’un Shônen où il est question d’une école de magie ; et c’était bien moins pire. Là est le mérite de l’œuvre. L’action est insipide ; d’autant plus qu’elle ne répond à aucun réel impératif sur le plan de la trame, et l’intrigue se bricole d’une semaine à l’autre, à jeter désespérément des hameçons sans que rien, jamais, ne nous tente pour aller les mordre.
Comme ça passe son temps à tourner en rond, il est normal que ça finisse comme ça a commencé. C’est pas plus mal d’ailleurs, ça nous dispense d’une fin plus heureuse qu’elle ne mériterait de l’être, qui se donnerait en plus les ambitions d’un « au-delà ». Muhyo et Roji est un manga qui ne cherche pas à prendre son envol et s’enkyste dans son nid. C’est son choix, ça le regarde. Mais il n’y avait nul besoin de ça pour nous faire pleuvoir des fientes chaque fois qu’on s’approche de lui.