Saga familiale

Avis sur Saga, tome 1

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Saga commence par une naissance. Celle d’un enfant issu de deux êtres qui n’auraient jamais dû s’aimer. L’enfant de deux mondes qui se haïssent. L’enfant d’une guerre de périphérie. L’enfant de la magie et de la technologie.

Saga commence par un moment de vie dans un monde mort.

Saga commence par un espoir.

Et à partir de là, tout sera fait pour l’anéantir.

Saga commence par des dialogues crus, sans filtres.

Saga commence par un dessin moche. Cette BD a énormément de qualités, mais le dessin de Fiona Staples est loin d’en être une. Dans la BD, son trait ressemble à un speed painting sous Paint, donnant un sentiment d’inachevé. A l’inverse, ses couvertures et ses illustrations entre les chapitres sont belles. Malgré ça, la dessinatrice arrive à distiller des sentiments forts avec une certaine subtilité. Il faut ajouter que si je n’aime pas la finition, l’univers graphique de Fiona Staples, ainsi que son bestiaire, sont exceptionnels.

Saga a cet incroyable talent d’être un space opéra mélangeant naturellement la magie à la SF la plus pure. Un syncrétisme abouti de plusieurs chapelles de l’imaginaire (SF, héroïc fantasy, cyberpunk…). L’univers présenté par Fiona Staples et Brian K. Vaughan dès le tome 1 est extrêmement prometteur, car ouvert à toutes les possibilités.

Le tout est servi par beaucoup d’humour et un sens aigu du dialogue, avec un ton résolument adulte.

« Tu m’excuseras si je ne tiens pas compte des conseils sentimentaux d’une ado morte et sans vagin. » Alana

Ce ton adulte se retrouve aussi dans le traitement de l’histoire. Le sexe y côtoie la tendresse et les sentiments, tout en gardant à une distance raisonnable la mièvrerie. Le traitement de la guerre est tout aussi pertinent.

Notamment avec les Horreurs, qui ne sont au final que des enfants mutilés par la guerre. Un groupe qui nous offre un personnage incroyable : Izabel, la demie ado baby-sitter.

La construction est particulièrement efficace et sait parfaitement doser son suspens, à la tournure d’une page ou d’un chapitre. La narration par Hazel reste le meilleur ingrédient pour accrocher l’intérêt du lecteur.

Dans cet univers unique, Brian K. Vaughan réussit surtout à créer des personnages captivants, plus particulièrement dans leurs interactions. Tout d’abord, Alana et Marko, jeune couple qui se découvre, à la fois idéalistes et cyniques, mais dont la construction ne s’affranchit pas de la comparaison avec Roméo et Juliette.

« J’ai bandé des blessures gangréneuses moins répugnantes que toutes ces couches » Marcko

Viennent ensuite la relation entre Izabel et des parents paumés ou ses interactions naissantes avec Hazel. J’aime particulièrement Le Testament, dans ses rapports avec Le Chat Mensonge ou La traque, dont l’aspect arachnéen contraste avec l’amour du tueur indépendant, mais aussi dans son rapport au monde.

Dans cet univers fantastique, cette BD développe toutefois un seul et même thème : la famille. La saga familiale prend tout son sens.

Bien entendu, Alana, Marcko et Hazel constitue le noyau, car avec la naissance de l’enfant constitue aussi la naissance d’une nouvelle famille. Une famille impossible car leurs mondes respectifs refusent leur existence et ce qu’elle représente, préférant la détruire que la comprendre (Shakespeare, si tu nous écoutes).

Quand Marcko détruit l’épée dans sa famille depuis mille générations, il répond : « Ça reste un objet, Alana. Et puis, c’est toi ma famille désormais ».

A l’inverse, leur principal « chasseur », le Prince IV, se retrouve en conflit contre un père autoritaire, qui l’éloigne de sa propre paternité.

Il n’est pas étonnant que le dernier rebondissement de ce tome soit l’arrivée des grands-parents. Un retournement digne d’un vaudeville intergalactique.

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