La couverture est vraiment très belle mais, hélas, ce qui marche en couverture fonctionne beaucoup moins dans de petites cases. Le dessin m'a laissé de marbre.
Je sens pourtant tout le travail de documentation derrière les décors, les voitures, les villes et l'Amérique des années 50. Mais le trait est tellement épuré, voire simpliste, que pour moi il ne rend pas justice à toute cette recherche et finit même par la dévaloriser.
Même réserve sur le scénario. Je comprends l'idée de ce cow-boy anachronique, épris d'une liberté absolue et confronté à un monde moderne qui n'est plus vraiment le sien.
Mais j'ai eu du mal à m'attacher à Jack puisqu'il vivait finalement comme il le souhaitait avant de se mettre tout seul dans la mouise : il se fait emprisonner volontairement pour faire évader un ami… qui ne veut même pas s'évader, puis s'échappe seul et déclenche forcément une chasse à l'homme.
Et c'est là que le symbole me convainc moins. Un cow-boy évadé de prison aurait déjà été poursuivi par un shérif et ses hommes au XIXe siècle. Les clôtures, la propriété privée, les territoires interdits ou dangereux et les règles existaient déjà. Ici, ce sont surtout les moyens qui ont changé (voitures, radio, hélicoptère) et pourtant Jack parvient justement à leur échapper à cheval!
La modernité resserre certainement l'étau autour de son mode de vie, mais j'ai du mal à voir dans cette poursuite la démonstration de sa disparition.
Quant à la fin, avec Jack finalement fauché par un camion sur un grand axe routier, je comprends parfaitement l'image du cow-boy littéralement percuté par la modernité… mais justement, je l'ai trouvée presque trop évidente et démonstrative.
Et surtout, ce mode de vie ne disparaît pas uniquement parce que la modernité l'écrase. Les hommes eux-mêmes changent et rare sont ceux qui veulent vivre de cette manière.
Paul en est finalement le meilleur exemple : là où Jack s'accroche à sa liberté absolue, son ami a choisi une famille, des responsabilités et une autre manière de vivre. Jack n'est peut-être pas seulement un homme dont le monde disparaît, c'est aussi un homme qui refuse obstinément d'évoluer avec lui.
Il reste de jolies idées visuelles, notamment ces paysages naturels auxquels répondent parfois les « paysages » de la ville, mais j'ai davantage compris et apprécié les intentions de la BD que réellement ressenti leur force.
4/10