Malgré ses super notes sur le net (8,2 sur IMDb, sérieux ?), je me suis franchement ennuyé devant cette saison 1 de Widow's Bay. J'ai vraiment peiné à aller au bout.
Concernant la forme, ça passe. La photographie brumeuse de la Nouvelle-Angleterre est très réussie, les décors ont une vraie personnalité et les acteurs font le travail. Ce qui m'a frustré, c'est l'écriture.
Pourtant, ça part bien. La série donne l'impression de vouloir prendre le contre-pied des clichés du genre. La première fois que le maire refuse d'aller dans le vide sanitaire, je me suis dit : « Enfin un personnage intelligent qui ne fonce pas tête baissée dans tous les pièges des films d'horreur ! »
...Puis finalement il y va quand même, il se passe exactement ce qu'on imaginait... et surtout, la scène n'a pratiquement aucune conséquence : le maire se réveille comme si de rien n'était. En plus, cette scène n'a aucun sens. Le fantôme se présente comme quelqu'un venu faire des repérages de travaux sur l'île... alors qu'il est face au maire ! Dans une aussi petite commune, c'est précisément lui qui est censé savoir quels travaux sont prévus.
Quand un personnage est confronté à quelque chose d'aussi traumatisant sans que cela ne laisse de traces physiques ou psychologiques, la tension disparaît immédiatement.
D'autant que le personnage est présenté pendant toute la saison comme quelqu'un qui ne croit absolument pas aux légendes (et même lorsqu'il y est directement confronté, il reste dans le déni car il veut avant tout faire prospérer son île). Pourtant, dans le dernier épisode, le maire affirme qu'il est persuadé que l'île est maudite à cause d'un événement ancien qui a bouleversé sa vie de famille. J'ai trouvé cette révélation nulle, car si le maire était persuadé depuis le départ que le drame qu'à vécu sa famille venait de l'île elle-même, alors tout son comportement au début de la série n'a absolument aucune logique.
Bref, j'ai très vite compris que les trois personnages principaux (et beaucoup d'autres) bénéficiaient d'une sorte de « code de triche » scénaristique : ils sont régulièrement mis en danger, mais on ne croit jamais qu'il puisse réellement leur arriver quelque chose.
Et ce problème revient constamment :
- Le maire est confronté à une nouvelle scène horrifique dans la baignoire ? Et boum, quelqu'un arrive au dernier moment.
- Patricia est coincée face à une créature ? Et boum, quelqu'un débarque pour la sauver.
Dès qu'un personnage semble réellement en difficulté, la série coupe court à la tension avec des facilités scénaristiques franchement grossières.
Ce ne sont pas toujours des Deus ex machina au sens strict, mais très souvent des sauvetages de dernière minute ou des interruptions artificielles qui empêchent le suspense d'aller au bout de lui-même.
Autre frustration : toute la partie fantastique.
J'ai eu l'impression que la série empilait les références au folklore horrifique américain comme un immense best-of : hôtel hanté, malédiction des colons, créatures marines, Cthulhu, clown tueur, Halloween, île façon Lost... Les idées sont nombreuses, mais j'ai rarement eu le sentiment qu'elles construisaient une véritable mythologie cohérente ni qu'elles étaient exploitées de manière intéressante.
On retrouve souvent cette impression avec plusieurs intrigues.
Les champignons, par exemple, semblaient annoncer quelque chose d'important. Ils brouillent au départ la frontière entre hallucination et réalité, mais j'attendais que cette idée ait de vraies conséquences sur le récit... qui ne viennent finalement jamais.
Même impression avec le curé. Son suicide marque les esprits sur le moment et montre que même la religion paraît impuissante face à ce qui se passe, mais derrière, cet événement n'a finalement que très peu d'impact sur l'évolution de l'histoire.
La bande de jeunes qui fugue régulièrement donne aussi l'impression d'annoncer une intrigue majeure. Ils finissent bien par découvrir un lieu important, mais la résolution m'a paru tellement anticlimatique que toute cette intrigue donne finalement l'impression d'avoir été largement surdéveloppée pour un résultat aussi faible.
Bref, j'ai constamment eu le sentiment que la série accumulait des promesses narratives qui, à mes yeux, n'aboutissaient jamais vraiment. On nous montre énormément de « fusils de Tchekhov », mais très peu finissent réellement par tirer.
J'ai aussi trouvé l'intrigue assez prévisible. Dès que la généalogie commence à prendre de l'importance, j'ai immédiatement vu où la série voulait m'emmener. Et même cette révélation, pourtant centrale, m'a paru étonnamment déceptive. Elle ressemble davantage à une promesse pour la saison 2 qu'à une véritable conclusion de cette première saison.
Pourtant, j'ai eu quelques lueurs d'espoir. J'ai cru que la série allait devenir plus intéressante à partir de l'épisode centré sur la soirée cocktail. La construction est plus originale, le rythme s'améliore et, pendant un instant, j'ai retrouvé l'envie de poursuivre, notamment avec l'épisode situé dans le passé. Malheureusement, chaque bonne idée semblait ensuite être suivie d'une autre beaucoup moins convaincante.
Je comprends parfaitement pourquoi certains adorent cette série. Son ambiance est réussie, sa photographie est belle, la ville possède une certaine identité et les acteurs sont bons.
Mais pour moi, cela n'a jamais suffi à compenser un scénario que j'ai trouvé étonnamment artificiel, rempli de facilités et incapable de transformer ses excellentes idées de départ en une intrigue réellement prenante.
Bref, j'étais prêt à embarquer pour un excellent voyage... mais ce n'était clairement pas Martha's Vineyard.