La science-fiction ne compte plus ses récits de fin du monde comme elle ne compte plus les moyens par lesquels elle met fin à ce monde : apocalypse nucléaire, épuisement du pétrole, guerre bactériologique ou chimique, détérioration définitive de l'écosystème,... Parmi ces moyens, on trouve aussi les nanomachines devenues folles et ce, depuis l'invention même du concept au milieu des années 80 : K. Eric Drexler lui-même, dans son livre Engins de Création (1986), la bible des nanotechnologies, décrivait déjà une fin du monde possible à travers l'hypothèse de la « gelée grise » – des nanomachines hors de contrôle dévastent tout l'environnement en s'en servant de matière première pour créer peu à peu une infinité d'autres nanomachines.

Le scénario que nous propose Ben Templesmith dans Singularity 7, sa toute première production en solo, s'écarte beaucoup de celui de Drexler. Sous bien des aspects, d'ailleurs, il emprunte davantage à celui, bien plus classique, de l'invasion extraterrestre – encore que « invasion » n'est pas forcément le terme qui convient : impossible de me montrer plus précis sans spolier (1)... Mais aussi, chose assez inhabituelle dans un récit post-apocalyptique, il se réclame d'une sorte de cyberpunk – encore qu'il semble plus juste de parler de transhumanisme : je pense à ces personnages rendus surhumains par leur symbiose avec des nanomachines. Dernière particularité, et pas des moindres, on y trouve beaucoup d'humour – bien noir de préférence évidemment.

Le tout servi par un trait qui témoigne d'une maîtrise tout à fait exceptionnelle des techniques artistiques tant traditionnelles qu'informatiques et qui reflète un sens de l'expression par la caricature que ne renierait pas Bill Sienkiewicz ; ou bien l'Olivier Ledroit d'une certaine époque pour la spontanéité du geste, voire peut-être même Simon Bisley ici et là. N'en jetons plus.

Reste les idées, ou plutôt leur absence : si Singularity 7 n'invente rien, il présente malgré tout un récit épique et à la conclusion pour le moins haute en couleurs. Bref, une lecture tout à fait recommandable.

(1) en français dans le texte.

Note :

Cette chronique concerne l'édition originale de Singularity 7 publiée en fascicules de juillet à octobre 2004. L'édition en album de cette mini-série est enrichie d'une introduction par le chanteur Burton C. Bell du groupe de rock américain Fear Factory.
LeDinoBleu
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le 8 mars 2012

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