Lors de mes escapades curieuses et avides de défis autour des bandes dessinées en lien avec le jeu vidéo, j’ai pu me frotter de très près à la moustache du petit père Mario.

Le plombier italien et ses aventures linéaires est-il soluble dans la BD ? Pas vraiment. Mais même si le genre qui sous-tend ses escapades ne peut pas être transféré tel quel, la diversité de son bestiaire et de ses décors crée par les artistes de Nintendo a permis d’offrir un inventaire réjouissant dans lequel les scénaristes et dessinateurs ont pioché.

Si on refait le point sur les œuvres qui sont parvenues jusqu’à nous :

Sur ses terres natales, Mario et ses amis sont depuis 1990 (!) les héros d’une série burlesque et loufoque, Super Mario-kun, éditée chez nous sous le nom de Super Mario Manga Adventures. Une œuvre assez éloignée de l’esprit originel, pour un ton plus farceur, voire sadique, un manga fou fou fou, très japonais, mais qui finit par s’apprivoiser.

De l’autre côté du Pacifique, Valiant Comics a publié plusieurs comics autour de l’univers de Nintendo et donc du plombier moustachu. Sa mini-série Game Boy exploite l’univers du jeu Super Mario Land et de la console portable, pour un résultat surprenant qui brise les frontières entre la fiction et la réalité. Une grande aventure avec une invasion du despote du jeu portable dans notre monde, au ton bien moins naïf qu’habituellement, publiée en 1990 aux Etats-Unis et en 1992 chez nous.

En 1991, Valiant Comics a édité une série de 9 fascicules : Adventures of the Super Mario Bros. Seuls quelques segments ont été publiés chez nous en 1992 dans l’album Super Mario Bros. Des histoires assez classiques, destinées à un public enfantin, et pas des plus mémorables.

Et on termine donc ce coup de projecteur quasiment complet (moins les adaptations non traduites et quelques dérivés) des aventures de Mario des pixels aux cases avec ce Super Mario Adventures. Lui aussi date du début des années 1990, de 1992 précisément, mais a été édité récemment en France par Soleil Manga, parallèlement à sa série Super Mario Manga Adventures, mais en grand format et en un seul tome.

L’histoire contée est extraite des pages de Nintendo Power, le magazine officiel de Nintendo aux États-Unis et au Canada, mais a été confiée aux Japonais Charlie Nozawa (aux dessins) et à Kentaro Takekuma (au scénario), ce qui permet un rendu visuel proche du style manga mais tout de même assez ressemblant aux illustrations officielles, plus occidentales et avec de la couleur. L’histoire a ensuite été reprise au Japon en 1993.

Sans grandes surprises, il y est question de l’enlèvement de la Princesse Peach par l’infâme Bowser et ses sbires, et de l’intervention des frères Mario pour aller la secourir. Sans atteindre la folie loufoque de Super Mario Manga Adventures, l’histoire proposée joue avant tout sur une certaine fibre humoristique, avec de nombreux gags visuels ou petits jeux de mots, mais offre tout de même un certain nombre de péripéties pour aller au bout du sauvetage. L’oeuvre incorpore de nombreux éléments du jeu Super Mario World, dont la mascotte Yoshi, fidèle allié.

Bowser possède d’ailleurs là encore un petit côté ridicule, convaincant dans sa mauvaise foi ou dans ses illusions amoureuses. Les frères Mario sont évidemment les héros, déterminés mais tout de même bien maladroits. De manière bien surprenante, la bédé n’idéalise pas vraiment Mario, héros bien gentil mais qu’il faudra ainsi secourir à deux reprises et dont l’intervention dans la résolution reste minime, face au travail d’équipe.

La Princesse Peach bénéficie d’un véritable traitement de faveur, en lui offrant presqu’une place d’héroine, c’est même elle qui participera au sauvetage de Mario. Une princesse à la personnalité plus forte, mieux construite, déterminée, colérique, embarrassée ou émue, qui n’hésite pas à aller à la bagarre... Jusqu’à ce que la dernière partie la fasse rentrer dans les rangs de la femme captive à aller sauver. C’est d’ailleurs une constante dans les adaptations de Mario précédemment évoquées : alors que dans les jeux vidéo elle n’était qu’un prétexte pour l’histoire, un cliché usé jusqu’à la corde (hormis le Super Mario Bros. 2 occidental, mais un cas à part) dans les BD ce personnage féminin (Peach ou Daisy) est souvent bien plus intéressant.

C’est d’ailleurs elle qui hérite de la représentation la plus proche des codes du manga, n’hésitant pas à en faire un personnage typique du genre, avec ses expressions corporelles et ses mimiques caractéristiques. Charlie Nozawa ne trahit en tout cas pas l’esthétique des artworks officiels, quand dans les jeux vidéo le pixel était encore roi, c’est rond et coloré. La mise en scène est un peu chargée, et il faut aller vite, mais il aurait été surprenant de lire une bande dessinée contemplative autour des aventures de Mario. Peut-être un jour ?

En plus de cette histoire principale, une petite histoire est proposée, Mario vs Wario, qui date de 1993, et qui explique la rivalité de Wario contre Mario suite à un traumatisme d’enfance. Le principal intérêt étant de voir les deux visions de cette confrontation enfantine, et cela reste assez amusant. Une autre histoire avec Mario et Wario existe, datant de 1994, mais elle n’a hélas pas été réeditée depuis.

Proche de l’univers du jeu vidéo, mais tout de même bien plus développée dans son défilement ou son humour, ce Super Mario Adventures se révèle être une adaptation suffisamment divertissante pour lui offrir un coup d’oeil. Le public visé est bien sûr enfantin, mais pourra amuser quelques lecteurs plus grands mais curieux.

L’univers de Mario a donc du mal à être transposé en cases et en bulles, comme le montre ces quelques exemples de la décennie des années 1990 qui ont voulu tenter l’expérience. Mais avec quelques artistes investis et prêts à adapter en s’offrant un peu de libertés, quelques résultats notoires existent. On notera tout de même que si le jeu vidéo inspire la bande dessinée, l’inverse est moins vrai. Le protecteur Nintendo n’a ainsi jamais repris certains des éléments propres de ces quelques adaptations ou quelques idées visuelles, et c’est dommage, car il y avait quand même des inspirations à reprendre.

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