J'aime Igort, j'adore son trait, tout figé qu'il soit.
Il a quelque chose qui tient plus d'un illustrateur que d'un narrateur de bd, une chose que je reproche beaucoup à des gens comme Loustal ou Bilal, sauf que, dans le cas d'Igort, pour moi, là, ça fonctionne et malgré cette rigidité des personnages, cette rigueur des cadrages de chaque case et planche, l'histoire suffise en général à m'emporter.
Son "9 est le chiffre parfait" est l'un des livres qui m'a le plus marqué, mais je suis toujours client de son univers à la fois rétro et moderne, dans le sens de moderniste.
Ce récit est l'un des tout premiers d'Igort, c'est donc une œuvre de jeunesse, ce qui se ressent par certaines maladresse de narration, par un immense flash back qui occupe tout le centre du récit au détriment, je trouve, de l'histoire principale, probablement parce que le récit qui l'occupe, est l'anecdote originelle qui a inspiré ce livre, les aventures d'une femme enfermée des années dans un harem, et qui s'en est échappé.
Il y a du Corto Maltese dans le fatalisme des personnages et notamment des deux narrateurs principaux, un jeune yogi et un ancien agent espion qui tournent tout deux autours de cette ancienne houri dont la beauté passée garde des traces si émouvantes que tous deux sont sous le charme.
L'univers mélant l'inde, la russie soviétique, le danseur Nijinski et la magie envoutera le lecteur que le graphisme raffiné d'Igort ne rebutera pas par son futurisme assumé.
La mise en couleur date de 2013. Elle est en mi-teinte pleine de subtilité, tout le contraire du tape à l'oeil, et l'objet, réalisé par les éditions Ici-même est d'une grande beauté, tant au niveau du papier que de la fabrication, avec un dos toilé qui fait plaisir.
Peut être la couverture manque t'elle un poil de lisibilité, avec un titre un peu dur à distinguer, dans un visuel très chargé dont on regrette qu'il ne parle pas mieux de ce que raconte le livre. Même le titre, du reste est à mon avis hors-propos, car il n'y a pas de symphonie dans ce livre, il n'y a quasiment pas de polyphonie du reste, à peine un dialogue entre deux narrateurs.
On regrette que le personnage principale, la belle Aparna, ne tienne pas plus le devant de l'album plutôt que les trois protagonistes masculins, dont j'ai peine d'ailleurs à identifier le principal.
Le cover design reste tout de même soigné, avec une typographie très belle, dont on a envie de voir plus.
Voilà je pinaille un peu pour trouver à redire sur ce bel album qui, hormis cela, reste une très belle chose, pour ceux qui ont envie d'aller plus loin dans l'œuvre de l'auteur et éditeur italien Igort, dont je recommande la découverte.