Nounou dans les années 1950, Vivian Maier disposait de longues plages de solitude pour s’adonner à sa passion : la photographie de rue. Rien de plus. Aucune quête de reconnaissance de son vivant. Ses négatifs et tirages ne seront découverts que par hasard, puis acquis par des collectionneurs en 2007, peu avant sa mort.
Vivian Maier est devenue la Van Gogh de notre siècle : une œuvre révélée trop tard, autour de laquelle s’est construit, après coup, un mythe vendeur. Certes, les images qui nous sont parvenues possèdent cette étincelle singulière : des instants volés qui saisissent l’extraordinaire du quotidien, dans toute sa banalité troublante.
L’autrice, Paulina Spucches, fait le choix d’un parti pris fort pour cette bande dessinée : elle s’autorise à imaginer un contexte, une fiction autour de la genèse des clichés de la photographe, en dialoguant avec eux par la peinture.
Le principal écueil tient toutefois à une chronologie chaotique. Le récit navigue sans cesse entre passé, présent et futur, au risque de désorienter un lecteur peu familier de la biographie de Vivian Maier. Cette fragmentation, loin d’enrichir la narration, tend parfois à la diluer.
Sur le fond, rien n’est véritablement bousculé. Ce qui précède les clichés se révèle assez anodin, sans réel relief. On ne se sent ni profondément emporté, ni véritablement ému. L’ensemble reste toutefois agréable, parfois souriant, car l’exercice mérite d’exister en tant que tentative.
Au final, cette bande dessinée apparaît surtout comme une porte d’entrée vers l’œuvre photographique de Vivian Maier. Elle invite à redécouvrir ses images et à apprécier le dialogue qu’elle crée entre le média d’origine et leurs déclinaisons en peinture. Ni plus, ni moins. Le reste relève avant tout du fantasme.