Vétéran reconverti en porte-flingue pour la mafia, Vlad s’efforce de vivre dans un monde corrompu et impitoyable. Lorsque sa mère, qu’il n’a pas vue depuis des années, décède, l’ancien militaire est surpris d’apprendre qu’il va hériter d’une grande fortune… à la condition qu’il retrouve Igor, son jeune frère avec lequel il n’a plus de contact. Or Igor a l’art de se fourrer dans des situations difficiles.
Yves Swolfs est un vétéran de la bande dessinée. Amoureux des westerns, il a démarré sa carrière avec Durango qu’il a également dessiné. Vlad est une série d’anticipation située entre le cyberpunk et l’espionnage. Elle est dessinée par Griffon, dont le trait un peu brouillon oscille entre la caricature et le réalisme.
L’histoire se situe dans l’Europe de l’Est et la Russie. La société est impitoyablement caricaturée, et ses traits sont volontairement outrés. Mais, loin d’une parodie lourdingue, la satire est plutôt pertinente et surtout effroyablement actuelle. En effet, il est terrible de remarquer que ce monde corrompu et en pleine décomposition ressemble beaucoup trop à notre société. Les artistes sont souvent visionnaires…
Le dépaysement fonctionne avec un périple jusqu’en Sibérie. Les scénarios des tomes, eux, sont en revanche ultra-classiques et même communs. Vlad est un superhéros à la James Bond qui se sort toujours de situations inextricables grâce à la chance ou avec une aide providentielle. C’est un peu lassant, d’autant plus qu’il cumule charme, compétences de combat dévastatrices et intelligence presciente. C’est excessif. L’équipe qu’il se forme n’est pas assez étoffée et garde l’attention du lecteur centrée sur le héros, c’est également lassant. Enfin, la chute avec Manta est plutôt surprenante, car elle n’est pas tellement annoncée.
Toutefois, les péripéties sont prenantes, et le cynisme du héros est délicieux. Ses réparties caustiques sont franchement amusantes et permettent de suivre ce récit avec plaisir. Mais surtout, le dernier tome contient une virulente critique de l’impérialisme américain, assorti de caricatures réussies de Bush et Schwarzenegger. Toute la série comporte des constats sévères sur les islamistes, la corruption du show-business, l’inefficacité de l’Europe, et même un complot visant la destruction de l’humanité pour mieux la contrôler. Sachant que cette œuvre s’est terminée en 2006, une telle clairvoyance est proprement surnaturelle.
Vlad est une série d’action amusante qui délassera, mais laissera aussi songeur sur le constat, certes amer, mais tellement juste de notre monde. À méditer.