À la fin du VIIIème siècle, les tribus basques des Pyrénées luttent contre l’invasion franque. Bien que nouvellement christianisé, le seigneur Ximenez en appelle à l’ancien culte de Mari pour vaincre ses ennemis et donne sa vie en paiement. Son fils Eneko, élevé en bon chrétien, doit faire face à cet héritage païen et aux choix de son père. Il rencontre également une étrange sauvageonne du nom d’Irati. Cette jeune fille vit avec la sorgin, la dernière à rendre un culte à Mari.
Paul Urkijo est basque. Amoureux de sa terre, son premier film Errementari a connu un succès certain et mérité. Il réitère ici en remontant encore plus loin dans le temps, aux origines du peuple basque ainsi qu’à leurs croyances préchrétiennes.
Irati se démarque visuellement par une esthétique ancienne. Les différents tableaux proposés par Paul Urkijo rappellent les films des années 80 sur le moyen-âge comme Le nom de la rose ou La chair et le sang. Les scènes dans la grotte à la rencontre de Mari, avec leur lumière rouge et leurs contrastes outrés, ramènent même au cinéma fantastique des années 70. Loin d’être négatives, ces comparaisons montrent au contraire toute la poésie que le réalisateur a insufflée à son œuvre en mélangeant un effort de réalisme historique avec une mythologie fantastique. Par ailleurs, et grâce à un budget de plusieurs millions, les effets spéciaux sont au rendez-vous. Irati offre des créatures saisissantes (ou glaçantes !) de réalisme. Le casting, presque entièrement basque, joue moins qu’ils ne vivent réellement leur personnage, et cela accentue encore cette impressionnante reconstitution historique.
L’état d’esprit de l’époque est particulièrement bien rendu, avec ce sens du devoir écrasant et pourtant obligatoire, car de lui dépendait la survie. En effet, les décisions d’Eneko détermineront le destin de tout son peuple, sans retour en arrière possible. Dès lors, les comportements et les actes deviennent beaucoup plus clairs :
La décision du père de faire appel à Mari au prix de sa vie, le remariage sans hésitation de sa veuve, l’entêtement d’Eneko à retrouver la dépouille de son père afin de ne pas laisser Belasko monter sur le trône et enfin sa vie passée à gouverner en attendant de retrouver son amour, Irati.
Les détails du culte à Mari sont très impressionnants. Outre le bestiaire, les objets cultuels et les dessins sont justes. La recherche historique sur cette foi peu connue est précise et mérite d’être saluée. De même, Eneko Ximenez et Belasko sont de véritables personnages historiques, même si leurs aventures contées ici sont fictives. Le scénario est prenant, car, derrière le conflit politique, se déroule la perte de tout un pan de la culture basque causé par sa christianisation.
Irati est un magnifique film historique qui présente avec brio la méconnue mythologie basque. C’est une grande œuvre, tant d’un point de vue cinématographique que culturel. À découvrir et à faire découvrir, donc.