Aâma : Intégrale
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Aâma : Intégrale

BD franco-belge de Frederik Peeters (2019)

Le grandiose récit rassemblé dans cette intégrale est un creuset malade où l'on a jeté des morceaux tour à tour pourris, mûrs, écarlates, fades, amers ou épicés de l'imagination. Par là son robot-gorille fumeur de cigares, ses créatures-robotiques, par ici son body horror, ses vaisseaux parfois tels des éponges écrasées parfois pointus et géométriques tels des éclats de pyrite, par en dessous ses armes luminaires aux traits angéliques puis ses hybridations lovecraftiennes, par ailleurs ses excroissances pendulaires, ses tumeurs fongiques flashy... On retrouve une invention ou une réappropriation graphique par page, et parfois bien plus.

Parfois ça évoque Luis Eduardo De Oliveira (dit Leo, autre grande figure de la SF 9e Art) dans ses créatures aux visages ronds ou aux dents menaçantes, mais alors un Leo sous ultra-speed qui a abandonné sa rigueur narrative pour basculer du côté obscur du récit et de la fantaisie. Un Leo qui aurait oublié le background biologique de ses créatures pour bricoler des cauchemars de Salvador Dali. C'est peu dire que ça ne laisse pas indifférent; par instant, c'est carrément dégueulasse, ça suinte et purule puis compresse les personnages dans des muqueuses colorées.

Et comme rien n'est unidimensionnel dans cette histoire, c'est également parfois poétique et léger comme quelque élucubration de Rimbaud, bienveillant et serein comme les instants doux de Hayao Miyazaki. Avec des instants de désintégrations ou de fusions organiques lorgnant du côté d'Akira de Katsuhiro Ôtomo (oeuvre fondatrice s'il en est).

Mais ce creuset malade, comme je le nommais, suit sa propre voie et absorbe ses inspirations avec talent. Moebius, Giger, Dan O'Bannon, K.Dick... Il réinvente et fait sa propre recette à partir de situations archétypales de la SF : inventions transhumanistes et rebelles à cette évolution éloignant l'homme de sa nature primitive, expérience scientifique et colons pionniers oubliés en planète lointaine, road-movie en nature luxuriante, apparition inexpliquée de membres de la famille d'un protagoniste (fantôme, clone, hallucination ?)...

En cette apparition façon Solaris (et l'œuvre de Tarkovski m'est revenue souvent en mémoire, même si je n'ai pas la moindre idée si elle a irrigué l'imaginaire de l'auteur-dessinateur) réside un autre pilier du récit. L'humain, l'intime, au cœur même du voyage vers la découverte d'un pas de géant technologique, vers un virage déterminant de l'évolution. Ces enjeux écrasants semblent peser bien peu face aux passions humaines, qu'elles soient altruistes ou purement mesquines.


L'émotion est la clé, le moteur, le fascinant obstacle et à la fois la solution. Toutes les émotions, admirables ou honteuses.

Et quel boulot... Un unique esprit à la baguette scénaristique et à l'illustration (à la couleur également ? Je ne vois nulle part de mention d'un tiers officiant à cet arc-en-ciel kaléidoscopique) de ce pavé exigeant, dérangeant, fou, et entraînant.

Frederik Peeters, nouveau nom aux côtés des grands noms qui le guident.

Oneiro
7
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le 29 mai 2026

Critique lue 7 fois

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