Adrastée de Mathieu Bablet est une véritable odyssée onirique, une quête existentielle prenant pour cadre la mythologie grecque. L'histoire suit le roi immortel d'Hyperborée qui, lassé d'un monde où le temps n'a plus de prise sur lui, entreprend un long voyage vers l'Olympe pour obtenir des réponses des dieux. Plus qu'une simple errance, c'est un cheminement introspectif dans un monde en ruine.
Le rythme est lent, épousant parfaitement l'ambiance contemplative du voyage. On se laisse porter par cette traversée de paysages sublimes, où chaque décor, riche et minutieux, témoigne du passé d'architecte de l'auteur. le récit se construit principalement à travers l'image, avec peu de texte, laissant les décors parler d'eux-mêmes. Ceux-ci se suivent sans jamais se ressembler, dessinant un monde en ruine, empreint de la grandeur d'un passé révolu. Une impression de majestuosité et de démesure se dégage de chaque planche, me rappelant entre autres l'ambiance du jeu Shadow of the Colossus. Les temples en ruine, les cités abandonnées et les vastes étendues donnent une dimension majestueuse et mélancolique à l'ensemble. En revanche, le style des visages, plus rigide et moins expressif, pourra diviser. Tout au long de son voyage, le héros croise de nombreuses figures mythologiques qui viennent ponctuer sa route et nourrir sa réflexion.
Bablet revisite la mythologie grecque avec une approche poétique et mystique, loin de l'action épique à laquelle on pourrait s'attendre, faisant de chaque rencontre un fragment de mémoire, un écho d'un monde disparu.
Adrastée est une oeuvre qui se savoure lentement, une errance visuelle et poétique e où l'on se perd avec plaisir. Un récit envoûtant, porté par une atmosphère unique, qui séduira ceux qui aiment les voyages intérieurs et les univers foisonnants de détails.