Ailefroide m'a été recommandé par une amie. Je m'attendais à un récit sur l'alpinisme, j'y ai surtout trouvé l'histoire d'un gamin qui devient peu à peu adulte avec la montagne comme compagne de route.
À travers les ascensions, on le voit expérimenter, faire des conneries, apprendre à se concentrer, repousser ses limites, douter, se faire des amis et parfois les perdre. Car le danger est partout. L'alpinisme tel que le pratique Rochette est tellement exigeant que la moindre erreur peut être fatale. La mort accompagne le récit et emporte plusieurs de ses compagnons.
C'est aussi ce qui rend fascinante cette recherche permanente de la limite. Difficile pour moi de comprendre complètement ce qui peut pousser quelqu'un à se mettre ainsi en danger, mais Rochette parvient à en faire ressentir quelque chose. Il y a le dépassement de soi, évidemment, mais aussi ces moments où, une fois arrivé là-haut, l'effort et le risque laissent place à l'émerveillement.
Son dessin y est pour beaucoup. Il peut paraître simple au premier regard, mais sa maîtrise est impressionnante. Les ascensions, le vide, les paysages, les corps dans la montagne : tout est là, sans avoir besoin d'en faire trop.
Et derrière la montagne, il y a les autres. Les amis avec lesquels on partage des moments extraordinaires, ceux que l'on perd, mais aussi la solitude. Et puis sa mère, à qui l'album est dédié, et qui occupe forcément une place particulière dans cette période où il cherche justement à devenir adulte.
J'ai également beaucoup aimé la manière dont le livre fait dialoguer ses deux passions, la montagne et le dessin. L'une semble expliquer l'autre, et inversement, comme deux chemins qui participent finalement à la construction du même homme.
Un très beau récit initiatique, autant qu'un récit de montagne. 8/10.