Yoshihiro Togashi.
Je n'ai besoin que d'écrire ce nom pour que tous, qui lisez cette critique, soyez sommés de poser un genou à terre et d'incliner la tête. La révérence s'impose quand on sait quel auteur il est. Je vous parle tout de même du mangaka qui a accouché de l'immense Tende shōwaru kyūpiddo ou encore du légendaire Ōkami nante kowakunai!!. Comment ? Vous ignorez jusqu'au nom de ces compositions ? Sans doute est-ce pour le mieux. Car pour que la légende reste immaculée à jamais, nous irons jusqu'à prétendre qu'elle se sera initiée sur le sentier tracé par Yu Yu Hakushô.
Loin de ses compositions de jeunesse, Akuten Wars et un manga que Yoshihiro Togashi aura commis en toute discrétion dans l'ombre d'un prête-plume durant l'année 2017. Il s'agit alors de la première de ses œuvres qui se soit accomplie en tandem, où il ne nous gratifie ici que du scénario. Et c'est tant mieux. Non pas parce que je boude le trait si distinctif et délectable de son auteur - ô ça non alors - mais car je me serais vraisemblablement étranglé de rage à l'idée de l'avoir su occupé à dessiner un One Shot quand, tremblant et grinçant des temps, j'attends avec une certaine impatience la prochaine fournée de chapitres.
Hachi Mizuno, qui se sera saisi du pinceau pour l'occasion, est quant à lui un parfait inconnu dont le trait lisse et enfantin suggérera au mieux quelques soupirs à ses lecteurs. Ne rien en attendre, c'est déjà en espérer beaucoup. Compte tenu de son binôme, c'est déjà lui faire trop d'honneur que seulement le mentionner. Il n'est, en définitive, que le scribe qui nous relate ce que son maître lui dicte ; l'extension de son pinceau.
D'autant que sa part dans l'œuvre s'en tient à la portion congrue alors qu'il est criant, pour n'importe quel habitué du style de Togashi, que les storyboards ont été dessinés par lui. Il y a des plans qui ne trompent pas ; la posture même des personnages ne laisse aucune place au doute quant à la griffe de son auteur. Ces personnages qui dépassent des cases pour être à cheval sur plusieurs d'entre elles, la manière dont sont dessinées les mains ; tout, graphiquement, vous évoquera Hunter x Hunter sans pour autant que le dessin ne s'y rapporte de près ou de loin. Nous avons l'ossature sous les yeux, mais la chair qui la recouvre, quant à elle, est adipeuse et disgracieuse à observer. La silhouette qu'on nous présente alors est pareille à un mannequin qui se serait trop laissée allée.
Le manga paraît en outre s'adresser exclusivement aux plus jeunes. On y voit des personnages mignons et donc, horripilants, se livrer à quelques jeux d'enfants à l'école primaire. Un lecteur assidu et abonné aux bonnes œuvres du père Togashi ne devra pas en attendre une sorte de nouveau Level E ; nous sommes en effet à des années lumières de ce qu'il est permis d'espérer en matière de style relativement au fond de ce qui compose habituellement le génie coutumier de cet auteur accompli. Non, nous en sommes ici très loin.
Akuten Wars, qu'on aurait aimé savourer comme un délicieux paliatif distillé au milieu d'un hiatus de Yoshihiro Togashi, n'est pas même une friandise au goût de lot de consolation. Il n'y a rien ou pas grand chose qu ise dessine en deux chapitres de temps. Le manga ne se privera toutefois pas de nous caresser dans le sens du poil alors qu'il sera question d'un jeu de stratégie perdu entre Yu-Gi-Oh et le Shôgi.
Les règles, ma foi, sont sympathiques, très stratégiques même, mais difficiles à expliciter et exploiter en un unique One Shot de deux chapitres. Pour ce qui est des personnages et de l’intrigue, nous sommes même très en-dessous d’un Yu-Gi-Oh. Et pourtant, la barre n'avait pas été dressée bien haute. Le format «Achète ma merde» y est probant même si les réflexions derrière chaque tactique de jeu sont savoureuses. On retrouve bien le ratiocinage digne de Togashi, mais on le retrouve gâché et terni.
Eh puis... cette fin. «Mais ça n’était qu’un rêve». Vraiment... à quoi bon se compromettre avec une pareille chiure éditoriale quand on a la réputation que l'on a ?
Ce qui n’est pas un rêve en revanche, c’est la reprise inéluctable de Hunter x Hunter après environ quatre ans d’interruption. Cette critique d'Akuten Wars, je la conçois finalement comme la réclame vous encourageant à suivre assiduement le Twitter de Yoshihiro Togashi pour ne rien manquer de ses avancées. Car s'il n'avait été question ici que de juger du fond d'un One-Shot aussi peu inspiré, quatre à cinq mots auraient suffi. Des mots assez vulgaires de surcroît, car de Togashi, ici, vous ne retrouverez que quelques bribes noyées dans un dessin pâteux qui s'étale et s'affale au beau milieu un script écrit en vingt minutes de temps.