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Un ange passe
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le 3 déc. 2016
Avec Angel Sanctuary (1994), Kaori Yuki livre une saga gothique où l’amour interdit, les conspirations célestes et les dilemmes existentiels s’entrelacent dans une fresque ambitieuse… peut-être un peu trop ambitieuse. C’est un manga qui vous entraîne dans les profondeurs des cieux et des enfers, mais qui, à force de multiplier les arcs narratifs et les personnages tourmentés, finit parfois par se perdre dans son propre labyrinthe divin.
L’histoire suit Setsuna Mudo, un lycéen au cœur d’un tourbillon de drames : il est amoureux de sa sœur Sara (oui, ça commence fort) et découvre qu’il est la réincarnation d’Alexiel, un ange rebelle impliqué dans une guerre cosmique. S’en suivent des révélations, des batailles épiques et des questions de morale à faire pâlir les cours de philosophie. Sur le papier, c’est fascinant, mais dans la pratique, le récit se noie parfois sous son propre poids.
Kaori Yuki excelle dans la création d’une atmosphère sombre et envoûtante. Les anges sont aussi effrayants qu’élégants, les démons débordent de charisme, et chaque page respire un gothique victorien où les roses se fanent sur des tombes au clair de lune. Les designs des personnages sont sublimes, mais il faut avouer que parfois, on a du mal à différencier tous ces visages impeccables. La beauté visuelle est indéniable, mais elle ne compense pas toujours les lacunes narratives.
Le cœur du manga repose sur des dilemmes émotionnels intenses : l’amour interdit entre Setsuna et Sara, les luttes intérieures des anges et des démons, et des thématiques complexes sur le destin, la rébellion, et la rédemption. Mais à force d’empiler ces problématiques, Angel Sanctuary donne l’impression de vouloir traiter trop de sujets à la fois. Résultat : certaines intrigues majeures semblent expédiées, tandis que d’autres s’étirent inutilement.
Setsuna, le héros, est un personnage fascinant mais parfois agaçant. Ses crises existentielles et son obsession pour Sara dominent l’intrigue, éclipsant parfois des personnages secondaires beaucoup plus intéressants. Les figures célestes et démoniaques, bien que magnifiquement conçues, sont souvent réduites à des archétypes : le traître flamboyant, le noble sacrificiel, ou l’antagoniste qui passe trop de temps à expliquer son plan machiavélique.
Le rythme du manga est aussi un défi : certaines parties avancent à une vitesse fulgurante, laissant le lecteur souffler sur des révélations en cascade, tandis que d’autres s’enlisent dans des monologues et des flashbacks qui cassent l’élan de l’histoire. C’est une expérience de lecture qui demande de l’endurance et une bonne dose de patience.
En résumé, Angel Sanctuary est un manga à l’esthétique envoûtante et aux ambitions élevées, mais qui trébuche sous le poids de ses propres aspirations. Kaori Yuki livre une œuvre sombre et fascinante, mais parfois trop confuse pour captiver pleinement. Une saga pour ceux qui aiment leurs récits gothiques avec une touche de chaos, à condition d’accepter les moments où le divin frôle le trop-plein.
Créée
le 13 déc. 2024
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