Ar-Men : L'Enfer des enfers
7.7
Ar-Men : L'Enfer des enfers

BD franco-belge de Emmanuel Lepage (2017)

Quand l’enfer est un phare battu par les vagues et les souvenirs

Avec Ar-Men : L’Enfer des enfers, Emmanuel Lepage nous invite à embarquer dans une odyssée graphique et introspective au cœur du phare le plus isolé du monde, battu par les vents, les vagues et les tourments de ceux qui l’habitent. Une œuvre lumineuse dans son dessin, mais sombre dans ses thématiques, qui brille par son originalité autant que par sa profondeur.


Le récit suit Germain, gardien du phare d’Ar-Men, un homme à la vie solitaire, rythmée par les tempêtes extérieures et intérieures. Ce phare, surnommé "l’enfer des enfers", est le théâtre de souvenirs, de légendes et de luttes humaines. Emmanuel Lepage tisse ici une histoire où les éléments naturels, aussi indomptables qu’hypnotisants, sont autant des adversaires que des confidents silencieux.


Ce qui frappe d’emblée, c’est la puissance visuelle de l’œuvre. Lepage est un véritable magicien des pinceaux, capable de capturer l’immensité d’une mer déchaînée, la rudesse d’un phare assiégé, et la tendresse des moments d’introspection. Les couleurs oscillent entre le sombre et le lumineux, jouant avec les contrastes pour immerger le lecteur dans ce huis clos à ciel ouvert. Chaque page est une œuvre d’art qui donne envie de s’arrêter, juste pour contempler.


Narrativement, Lepage mélange passé et présent avec une fluidité remarquable. L’histoire de Germain s’entrelace avec celle de Moïzez, un ancien gardien du phare, et les récits mythologiques qui hantent Ar-Men. Ces allers-retours entre les époques offrent une profondeur inattendue, transformant ce récit d’aventure maritime en une réflexion sur la mémoire, l’héritage, et la place de l’homme face à la nature.


Cependant, cette richesse thématique et visuelle peut parfois peser sur le rythme. Les moments contemplatifs, bien que magnifiques, ralentissent l’action, ce qui pourrait frustrer les lecteurs en quête de péripéties continues. Mais pour ceux qui apprécient les récits introspectifs, ces pauses sont autant d’occasions de se perdre dans les pensées et les couleurs.


L’un des points les plus marquants est la manière dont Lepage donne vie à Ar-Men, ce phare qui devient presque un personnage à part entière. Tantôt protecteur, tantôt oppressant, il symbolise l’isolement, la résilience, et le lien indéfectible entre les hommes et leur environnement.


En résumé, Ar-Men : L’Enfer des enfers est une œuvre d’une beauté à couper le souffle, qui mêle aventure maritime, introspection et légendes dans un tourbillon visuel et narratif. Emmanuel Lepage signe ici une véritable ode aux phares et à ceux qui les gardent, offrant un voyage aussi intense qu’inoubliable. Un phare dans la tempête des bandes dessinées, qui éclaire autant qu’il bouleverse.

CinephageAiguise
8

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleures BD de 2017

Créée

le 10 janv. 2025

Critique lue 2 fois

Critique lue 2 fois

D'autres avis sur Ar-Men : L'Enfer des enfers

Ar-Men : L'Enfer des enfers

Ar-Men : L'Enfer des enfers

10

Billy98

le 11 mars 2021

Suivre

Enfer parmi les Enfers, Passion parmi les Passions

Les phares du Finistère : sources de légendes, magnificences mystérieuses, bout du vieux continent (l’autre côté, concrètement, est la Russie). Leurs histoires sont constamment du coude-à-coude pour...

Ar-Men : L'Enfer des enfers

Ar-Men : L'Enfer des enfers

8

jerome60

le 21 mars 2018

Suivre

Critique de Ar-Men : L'Enfer des enfers par jerome60

Le phare d’Ar-Men est l’édifice le plus à l’Ouest du Finistère, à dix kilomètres de l’île de Sein, en pleine mer d’Iroise. Un phare que l’on découvre dans les années 60, au moment de l’hélitreuillage...

Ar-Men : L'Enfer des enfers

Ar-Men : L'Enfer des enfers

6

XipeTotec

le 21 janv. 2018

Suivre
Dernière modification

le 21 janv. 2018

Critique de Ar-Men : L'Enfer des enfers par XipeTotec

Si le dessin est éblouissant, il gêne déjà dans l'incohérence de ses parti-pris. Je croyais au début que l'histoire principale serait réalisée dans un style assez proche de certaines oeuvres de...

Du même critique

L'Iris blanc - Astérix, tome 40

L'Iris blanc - Astérix, tome 40

7

CinephageAiguise

le 31 janv. 2025

Suivre

Peace, amour et baffes gauloises

Astérix, c’est un peu comme un banquet chez Abraracourcix : on y revient toujours avec plaisir, même si parfois le sanglier est un peu moins savoureux que d’habitude. Avec L’Iris Blanc, Fabcaro prend...

Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

7

CinephageAiguise

le 27 févr. 2025

Suivre

Ou comment ruiner sa vie en trois décisions stupides

Si tu pensais que les grandes histoires d’amour du XVIIIe siècle étaient toutes romantiques et pleines de sagesse, l’Abbé Prévost est là pour te prouver que non, on peut aussi écrire un best-seller...

Les Misérables

Les Misérables

8

CinephageAiguise

le 19 févr. 2025

Suivre

Entre grandeur, misère et digressions XXL

Si tu pensais que les classiques du XIXe siècle étaient juste de belles histoires d’amour contrariées, Les Misérables de Victor Hugo est là pour te rappeler qu’on peut aussi écrire un pavé où se...