J’étais impatient et curieux à l’idée de découvrir Au-dedans, notamment suite aux retours un poil partagés, avec certains en parlant comme d’un chef-d’œuvre, et d’autres comme d’un truc nombriliste de bobo new-yorkais — même si l’auteur, Will McPhail, est anglais. D’ailleurs, tout au long de ma lecture, je pensais qu’on était à New York, jusqu'au moment de voir un volant à droite, ce qui m’a mis la puce à l'oreille !
Car oui, Will McPhail est un illustrateur et auteur britannique, installé aux États-Unis, connu notamment pour ses dessins publiés dans The New Yorker. Dans Au-Dedans, sa première BD — allez, on peut dire roman graphique — on retrouve ce qui a fait son succès dans le magazine américain : un sens de l’observation aiguisé, une façon de pointer les décalages du quotidien avec humour et tendresse. On est d’ailleurs ici sur une BD à caractère autobiographique, où l’on sent clairement la présence de l’auteur dans le personnage de Nick, un p’tit mec en quête de sens dans ses relations aux autres.
C’est marrant, parce que je me suis un peu retrouvé là-dedans — enfin, ma version d’il y a 15 ou 20 ans. Quand j’avais parfois du mal à me sentir à ma place dans un groupe, à m’interroger sur le côté un peu plastique des conversations ou des relations. J’imagine qu’on est pas mal à passer par là, à un moment de notre vie, notamment à l’âge où se trouve notre protagoniste (25 ans ?). Un âge où on construit son rapport aux autres, à sa vie, à ce qu’on fait, à ce qu’on est, à là où on est, à sa famille, à ses interactions. Un âge en construction, tout simplement.
Le thème peut paraître un peu lourd comme ça, mais l’auteur le met très bien en scène, avec une sorte de voyage initiatique pour notre protagoniste, qui déambule avec son air un peu ingénu. Une mise en scène vraiment réussie donc, notamment dans la manière dont elle fait porter les dialogues avec une vraie force dans ces échanges, parfois très courts, mais qui disent beaucoup. La simplicité du dessin joue parfaitement avec ça. Il y a aussi ce mélange bien dosé entre introspection, humour, tendresse et sensiblerie — qui fait tout l’intérêt du livre. Et puis McPhail joue bien avec les cases muettes : elles sont assez nombreuses, mais toujours bien placées, avec un vrai poids dans la narration. Il y a d’ailleurs quelque chose qui m’a fait penser à Tomine, dans cette manière de raconter avec retenue.
Dans Au-dedans, on suit un protagoniste très auto-centré, souvent enfermé dans sa tête, mais qui a par moments de vrais éclats de sincérité envers ce qui l’entoure — et envers lui-même. Visuellement, ces passages marquent cette bascule intérieure, notamment par le travail des couleurs. On ne sait pas toujours où l’auteur veut nous emmener, mais ça dégage une forme de mise à nu intéressante, même si j’ai pu trouver que c'était un poil exagéré de la part de McPhail. Sinon, au milieu de tout ça, l’auteur glisse aussi une petite satire bien vue de la société bobo, avec ses cafés aux noms plus hipsters les uns que les autres. Un humour bien moqueur, mais qui tient surtout de l’auto-dérision, et ça fonctionne plutôt bien.
C’est un livre que j’ai vraiment apprécié lire. Il touche, il questionne, et fait remonter des choses. Mais je n’arrive pas à l’apprécier pleinement, et c’est quelque chose de très personnel. Dans les BD, je suis un peu moins attiré par les récits trop auto-centrés. C’est marrant, parce que Will Macphail dit qu’il adore Zoe Thorogood, qui a elle aussi signé une très bonne BD autobiographique — It’s Lonely at the Center of the Earth — mais que j’ai eu du mal à aimer pleinement, justement parce qu’elle est très centrée sur elle-même.
Ce n’est pas un reproche : l’art est aussi fait pour ça, pour exprimer l’intime, pour explorer ses failles, ses pensées, son histoire. Mais personnellement, ce n’est pas ce qui me touche le plus, ni ce qui me transporte.
Cela dit, Au-Dedans reste pour moi une excellente BD, riche et maîtrisée. Ce n’est pas parce qu’elle ne correspond pas exactement à ce que je recherche que je ne la recommande pas — au contraire. Je suis content de l’avoir lue, et je la conseille sans hésitation.