Au-dedans
8
Au-dedans

Roman graphique de Will McPhail (2021)

J’étais impatient et curieux à l’idée de découvrir Au-dedans, notamment suite aux retours un poil partagés, avec certains en parlant comme d’un chef-d’œuvre, et d’autres comme d’un truc nombriliste de bobo new-yorkais — même si l’auteur, Will McPhail, est anglais. D’ailleurs, tout au long de ma lecture, je pensais qu’on était à New York, jusqu'au moment de voir un volant à droite, ce qui m’a mis la puce à l'oreille !


Car oui, Will McPhail est un illustrateur et auteur britannique, installé aux États-Unis, connu notamment pour ses dessins publiés dans The New Yorker. Dans Au-Dedans, sa première BD — allez, on peut dire roman graphique — on retrouve ce qui a fait son succès dans le magazine américain : un sens de l’observation aiguisé, une façon de pointer les décalages du quotidien avec humour et tendresse. On est d’ailleurs ici sur une BD à caractère autobiographique, où l’on sent clairement la présence de l’auteur dans le personnage de Nick, un p’tit mec en quête de sens dans ses relations aux autres.


C’est marrant, parce que je me suis un peu retrouvé là-dedans — enfin, ma version d’il y a 15 ou 20 ans. Quand j’avais parfois du mal à me sentir à ma place dans un groupe, à m’interroger sur le côté un peu plastique des conversations ou des relations. J’imagine qu’on est pas mal à passer par là, à un moment de notre vie, notamment à l’âge où se trouve notre protagoniste (25 ans ?). Un âge où on construit son rapport aux autres, à sa vie, à ce qu’on fait, à ce qu’on est, à là où on est, à sa famille, à ses interactions. Un âge en construction, tout simplement.


Le thème peut paraître un peu lourd comme ça, mais l’auteur le met très bien en scène, avec une sorte de voyage initiatique pour notre protagoniste, qui déambule avec son air un peu ingénu. Une mise en scène vraiment réussie donc, notamment dans la manière dont elle fait porter les dialogues avec une vraie force dans ces échanges, parfois très courts, mais qui disent beaucoup. La simplicité du dessin joue parfaitement avec ça. Il y a aussi ce mélange bien dosé entre introspection, humour, tendresse et sensiblerie — qui fait tout l’intérêt du livre. Et puis McPhail joue bien avec les cases muettes : elles sont assez nombreuses, mais toujours bien placées, avec un vrai poids dans la narration. Il y a d’ailleurs quelque chose qui m’a fait penser à Tomine, dans cette manière de raconter avec retenue.


Dans Au-dedans, on suit un protagoniste très auto-centré, souvent enfermé dans sa tête, mais qui a par moments de vrais éclats de sincérité envers ce qui l’entoure — et envers lui-même. Visuellement, ces passages marquent cette bascule intérieure, notamment par le travail des couleurs. On ne sait pas toujours où l’auteur veut nous emmener, mais ça dégage une forme de mise à nu intéressante, même si j’ai pu trouver que c'était un poil exagéré de la part de McPhail. Sinon, au milieu de tout ça, l’auteur glisse aussi une petite satire bien vue de la société bobo, avec ses cafés aux noms plus hipsters les uns que les autres. Un humour bien moqueur, mais qui tient surtout de l’auto-dérision, et ça fonctionne plutôt bien.


C’est un livre que j’ai vraiment apprécié lire. Il touche, il questionne, et fait remonter des choses. Mais je n’arrive pas à l’apprécier pleinement, et c’est quelque chose de très personnel. Dans les BD, je suis un peu moins attiré par les récits trop auto-centrés. C’est marrant, parce que Will Macphail dit qu’il adore Zoe Thorogood, qui a elle aussi signé une très bonne BD autobiographique — It’s Lonely at the Center of the Earth — mais que j’ai eu du mal à aimer pleinement, justement parce qu’elle est très centrée sur elle-même.


Ce n’est pas un reproche : l’art est aussi fait pour ça, pour exprimer l’intime, pour explorer ses failles, ses pensées, son histoire. Mais personnellement, ce n’est pas ce qui me touche le plus, ni ce qui me transporte.

Cela dit, Au-Dedans reste pour moi une excellente BD, riche et maîtrisée. Ce n’est pas parce qu’elle ne correspond pas exactement à ce que je recherche que je ne la recommande pas — au contraire. Je suis content de l’avoir lue, et je la conseille sans hésitation.

Ben-Ardo
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste BD à travers le monde

Créée

le 6 juil. 2025

Critique lue 197 fois

Ben Ardo

Écrit par

Critique lue 197 fois

12
6

D'autres avis sur Au-dedans

Au-dedans

Au-dedans

10

Cambroa

128 critiques

Qui est vraiment notre maman ?

Nick se balade de cafés en cafés. Non pas qu’il soit tant en manque de caféine, Nick est un artiste. Il dessine, illustre ce qu’il observe lorsqu’il parcourt la ville, à pied ou en métro. Mais...

le 2 sept. 2024

Au-dedans

Au-dedans

6

S_Gauthier

181 critiques

Un cas de conscience

Au-dedans, ou In dans son titre original, est un album publié par le Britannique Will McPhail en 2021 ; artiste dont la principale activité est, semble-t-il, d'être illustrateur et cartooniste pour...

le 26 août 2024

Au-dedans

Au-dedans

7

ManfredAckermann

350 critiques

Critique de Au-dedans par Manfred Ackermann

Une BD dont j'ai vu pas mal de mentions, notamment lors de prix et autres. Du coup ça m'a pas mal interrogé, car c'est un très gros pavé, avec des dessins assez particuliers. 270 pages quand même...

le 4 juil. 2025

Du même critique

Terre ou Lune

Terre ou Lune

10

Ben-Ardo

152 critiques

Deux noms à retenir

Gros coup de cœur. Franchement, je ne m’y attendais pas vraiment, mais cette BD m’a juste scotché. Les dessins, l’ambiance, les sensations, le scénario : tout est là, et tout fonctionne. On se prend...

le 7 févr. 2026

Silent Jenny

Silent Jenny

8

Ben-Ardo

152 critiques

Bablet Style

Depuis quand Mathieu Bablet s’est-il imposé comme une référence de la BD française ? Depuis quand ses sorties sont-elles attendues à un tel niveau ? On n’est peut-être pas encore au stade d’un...

le 18 oct. 2025

Carcajou

Carcajou

8

Ben-Ardo

152 critiques

Mi-furet, mi-ours

Si le nom Eldiablo me semblait inconnu, son blaze m'a tout de suite fait penser au luchador du même nom, tout droit venu des Mutafukaz et Puta Madre que je venais de lire. Bien sûr, rien à voir, mais...

le 2 mai 2024