Je crois que je n'aime pas le concept de Bat-Family.

Alors, ok, le symbolisme de l'orphelin qui se recrée un entourage. Ok, le fardeau d'une mission qu'il faut alléger. Ok, les terribles tragédies qui frappent cet entourage comme autant de traumas ressuscités après le trauma originel du fondateur de la famille.

Mais je n'accroche pas. Même quand Batman team up (Justice League, Outsiders...), je me demande ce qu'il fout là. Au milieu des clinquants costumes colorés, des tordeurs d'espace-temps, des porteurs de tanks, des amis de la faune marine...


Il y a une telle force dans le principe de Batman, dans son histoire torturée, dans sa condition de simple humain aux prises avec les pires créatures issues des ravages de l'expérimentation scientifique, dans la noirceur de sa psyché, dans l'ambivalence de sa quête, dans le principe même de sa solitude que vient distraire un complice guindé et incapable de le suivre physiquement sur le terrain.

L'enfant roi en sa tour d'ivoire rattrapé par les bas-fonds alentour... Le glorieux destin trahi, la volonté de malgré tout tromper son monde pour donner le change, les excursions dans ces rues sordides qu'il n'aurait jamais dû côtoyer, la soudaine conscience entière de la ville qui l'a vue naître et sa passion pour cette ville qui semble maudite.

C'est d'une telle richesse que les sidekicks le desservent, lui ôtent son mystère et son aura obscure. A cette déferlante de complices accessoires et ses aventures partagées, je préfère cent fois ses apparitions rares et nimbées de questions dans les BD Gotham Central, qui suivent les aventures des flics affectés à ce cloaque de tordus et de mafieux. Doivent-ils aussi foutre au trou ce Chevalier noir qui sème la peur et pratique la justice hors des clous ?


Batgirl souffre d'un autre désavantage; elle est une copie du héros de la nuit. Avec son propre code couleur et son code moral, son approche moins cynique de la criminalité et son optimisme à elle. Mais une simple nouvelle version tout de même. Bien sûr, son destin atroce notamment évoqué dans le Killing Joke d'Alan Moore et Bolland lui donnera l'occasion (ou plutôt la forcera) à trouver sa propre voie et son émancipation en tant qu'Oracle. En attendant, elle est un avatar de la symbolique du Caped Crusader.


Dans cet ouvrage, ce mimétisme est parfaitement expliqué, et est inspiré par le défi au père. L'occasion a fait le costume, et le mythe est né. Mais je crois que j'aurais préféré voir une héroïne se créer en opposition à l'autre mythe de Gotham. Car elle est attachante, cette jeune femme pleine de vie et de désir de justice, prête à fondre dans la bataille mais refusée dans les rangs des assermentés porteurs d'arme en raison de son physique (et accessoirement des reflexes archaïques d'une clique masculine aux décisions). Je crois que j'aurais mieux aimé voir cette femme se trouver son propre symbole, ses propres gadgets, ses propres moyens d'exister dans l'ombre de la chauve-souris originelle. Et surtout, j'aurais aimé la voir reconnaître l'appui indispensable du propriétaire de la Bat-Cave tout en refusant d'être officiellement de sa troupe (et risquer ainsi de ne pouvoir agir sans son aval).

Mais là, je vous l'accorde, le titre de l'ouvrage aurait été du foutage de gueule.


Alors, je pense que je ne suis pas emballé par ce Batgirl Année Un à cause de son contexte même. Malgré ses scènes d'action bien menées, son dessin original qui tord les corps dans le mouvement pour leur redonner leur forme dans la case d'après, sa galerie de persos iconiques mais moins exploités ailleurs (Killer Moth, Firefly, Black Canary)...

On me dira que c'est toujours comme ça; qu'un héros de papier finit invariablement par trouver sa bande et/ou sa famille, qu'il doit lancer la carrière de héros dérivés. Mais Batman est tellement à part qu'il ne devrait rien faire comme les autres.



Oneiro
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le 28 mai 2026

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Oneiro

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