Dès qu'on le feuillette, on est happé par le talent graphique incommensurable du dessinateur : hyperréalisme photographique à la précision inouïe, couleurs sensuelles, un festival. Bermejo, le dessinateur (et encreur et coloriste, fait rare dans l'industrie du comics), rivalise avec l'ahurissant Riccardo Federici. C'est époustouflant.


En revanche, l'histoire, on n'y comprend RIEN. Ne venez pas prétendre le contraire. Le rythme haché, découpé à la serpe, vous fait croire au départ qu'un élément de surprise final va surgir, donnant au récit sa cohérence d'ensemble, et à vous lecteur la satisfaction d'une histoire bien racontée. Vous savez, ces histoires qui nous font dire, une fois la bd refermée :"bien, vu, je le relirai volontiers." Mais là, rien. Pourquoi Constantine intervient-il réellement ? Quelle est la nature de son accord avec la sorcière (on me dit qu'il s'agit de l'Enchanteresse) ? A quoi sert vraiment Deadman ? On n'en sait rien. Cette vacuité me fait un peu penser à l'excellent Silence : des rebondissements et du suspense, une traque faisant défiler tous les meilleurs ennemis de Batman pour se terminer en queue de poisson. Pourtant, Silence ne me déçoit pas : le récit tient suffisamment en haleine, et sur un rythme et un tempo bien plus harmonieux que Damned. On repart sans réponse mais riche du sentiment d'avoir vécu une aventure, là où Damned, même s'il se lit avec plaisir, nous désoriente et nous laisse orphelins, privés d'une tentative de donner sens à ce que nous venons de lire.


Tant qu'on y est, une remarque d'ordre général au sujet de certains scénaristes de Batman : QU''EST -CE QUE VOUS FUMEZ, PUTAIN DE MERDE ? Hé, les mecs, racontez ce que vous voulez, mais restez un peu SIMPLES et COHERENTS dans votre narration. Bien des opus y parviennent. Je pense à Batman et les Tortues ninja, le premier tome étant sobrement intitulé "Amère pizza". Histoire simple : les tortues et Schredder débarquent à Gotham via un portail dimensionnel. Il faut renvoyer le grand méchant chez lui, et les tortues doivent également repartir. Simple, efficace, linéaire, tout fonctionne. On peut citer d'autres aventures de Batman : la Cour des hiboux, le fameux Dark nights returns, Amère victoire, etc. Alors par pitié, revenez sur Terre et calmez-vous. Comme dirait Alexandre Astier dans son spectacle sur Bach : "il faut faire simple et beau. Vous faites moche et compliqué."

OlivierDalmasso
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le 28 déc. 2019

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