En mars 1992 Matt Wagner s'attaquait au mythe Batman en faisant une entrée remarquée à travers la série Legends of the Dark Knight, un format particulièrement adapté au lancement de nouveaux auteurs et à l'écriture de narratifs originaux situés en dehors de la continuité des mensuels Batman et Detective Comics. Ici c'est Double-Face qui est à l'honneur, dans un récit faisant la part belle à la folie de l'homme et la dualité de son personnage. Deux ans auparavant Andy Helfer avait proposé une nouvelle version de ses origines, ces deux récits mis bout à bout ont contribué à en faire l'un des antagonistes les plus riches et complexes de l'univers de Batman.
La psychologie de Double-Face est particulièrement développée ici, alors que le personnage met en œuvre des assassinats de chirurgiens plastiques et une vaste escroquerie avec l'aide de bêtes de foire pour obtenir la propriété légale d'une île déserte sur laquelle il se voit en Docteur Moreau.
Cette histoire porte une réflexion sur le droit à la différence et le libre-arbitre de chacun face à ses actes, notamment les mauvais actes qui ne peuvent être justifiés par la différence et le rejet de la société. Une conclusion franchement réussie.
Côté art, Wagner n'est pas en peine. Son trait simple colle presque au style de la BD européenne, un trait sublimé par l'utilisation du clair-obscur et des contrastes forts, tout comme le choix des couleurs, tantôt criantes tantôt froides, des choix qui font miroir à la dualité du protagoniste principal.
Un très bon album dans l'ensemble, qui présage du bon travail à venir de Wagner sur Batman (Monster Men, Mad Monk). DC Comics a compilé les trois numéros de ce récit dans un album intitulé Batman: Faces (2008) puis dans un collector Legends of the Dark Knight: Matt Wagner en 2020. Pour une traduction en français il faudra se tourner vers Batman Legend (Semic) N° 1 de 1996.