Une histoire de "détective" paraît-il... Quand on sait que Jeph Loeb a écrit quelques années plus tôt l'excellentissime "Un Long Halloween" ça fait de la peine.
L'identité de ce nouveau super-vilain est téléphonée et on peut raisonnablement deviner de qui il s'agit au chapitre 2 (voire 3 si on lit passivement).
Un problème se dresse pour l'équipe créative qui doit alors composer encore 9 chapitres sur cette base. Dans un souci de garder le mystère en vie, Loeb va s'emmêler les pinceaux et inventer des twists plus stupides les uns que les autres pour finalement créer une attente artificielle.
C'est assez gênant de constater pendant la lecture l'aveu d'échec et le tirage de cheveux qui s'ensuit n'améliore pas la donne.
Les dessins - dans un style très américain qui me laisse un peu indifférent, le plus grand que nature et l'hypersexualisation de certains personnages féminins... - ont quand même donné naissance à des cases cultes aujourd'hui où je me dois de concéder le fait que Jim Lee est un des tout grands dans le milieu du comic book américain.
Il y a une insistance particulière sur la mythologie passée du Chevalier Noir. À de nombreuses reprises nous reverrons des moments cultes de son histoire (la mort de Jason Todd, Barbara Gordon se faisant tirer dessus par le Joker etc). Ou comme le retour d'un certain personnage dans l'avant (avant) dernier chapitre, un moyen de réconforter le lecteur et de le gaver de références pour qu'il oublie que ce qu'il est en train de lire pâlit en comparaison de ses plus vieilles itérations.
Et oui, car ici rien de nouveau, rien qui ne va rester dans le temps et qui impactera réellement le Chevalier Noir (la malédiction du statu-quo intrinsèquement lié aux méthodes de production d'un comics américain.)
Par "rien de nouveau", j'entends que Silence n'est même pas le méchant principal de sa propre histoire. Le dernier clou dans le cercueil est planté quand Loeb nous vomit son exposition dans les pages finales du dernier chapitre. On nous révèle qui était réellement derrière tout ça dans un dernier effort pour surprendre le lecteur, malheureusement celui-ci a depuis bien longtemps quitté le navire de l'histoire et regarde plus qu'il ne lit.
Jeph Loeb se rabat sur le Sphynx, son méchant préféré de la galerie de personnages de la chauve souris (on l'aura compris à la vue de ses anciens travaux) dans un caprice de dernière minute scellant le destin d'un potentiel nouveau méchant qui quoique peu intéressant visuellement, aurait pu l'être narrativement.
Que ce titre soit autant révéré me surprend, je suis déçu et ne peux qu'orienter les nouveaux lecteurs vers les travaux plus anciens de Loeb qui peinera à retrouver totalement sa plume dans les décennies qui suivront. Quant à Jim Lee son style plaira au plus grand nombre j'en suis sûr, j'aurais souhaité quelque chose de plus abstrait graphiquement (pour témoigner de la psychologie dans une histoire ça fait meilleur effet) plutôt qu'un semi-réalisme que je trouve étrange mais qui vend naturellement. Ce serait cracher dans la soupe que de dire que certaines "splash-pages" sont désagréables à la vue cela dit.