'Superman: Last Son' est un run co-scénarisé par Geoff Johns et Richard Donner, puis mis en dessin par Adam Kubert. Vous ne rêvez pas : il s'agit bien du même Donner que pour 'Superman' (1978), le blockbuster qui a - je pense qu'on peut le dire - inventé le genre super-héroïque au cinéma.
Il accompagne ici un Geoff Johns fort de sa résurrection de Green Lantern (Rebirth) deux ans plus tôt.
Alors scénaristiquement, ça donne quoi ?
Des sujets comme l'incapacité de procréer et l'impact mental que cela peut avoir - même sur un surhomme - sont évoqués, mais rapidement balayés au profit de combats sensationnels (certes) mais malheureusement agrémentés de répliques cruellement clichées.
Jusqu'où un homme est-il prêt à aller pour sauver son peuple ? Là encore, la promesse pourrait être intéressante si l'exécution ne se révélait pas aussi insipide.
On ne va pas droit au mur non plus, mais qu'aucune révision - au moins dialectique - n'ait été faite alors qu'ils sont deux sur le scénario reste tout de même contrariant.
Quant à Kubert, je ne vais pas le critiquer plus que ça. Je suis au fait - et en paix avec moi même - vis-à-vis de mes ressentiments liés à la manière dont on doit dessiner un comics à parution mensuelle. Ses traits, ses compositions en double page qui rendent pénible le suivi de l'action (quand celle-ci n'est pas mangée par la reliure...) : une splash page s'apprécie sans doute davantage numériquement ? Le tout paraît un peu trop mat, désengagé.
Certains designs de personnages ont clairement subi les années 2000. Celui du général Zod en particulier, avec ses lunettes et son trench-coat - marque de fabrique de tout ce qui se voulait "classe" à l'ère post-Matrix.
Encore une fois, le problème central reste le manque de parti pris. Pas de style propre, ou du moins des tracés trop interchangeables.
Interchangeables avec qui ?
Un peu tout le monde en fait et c'est précisément mon reproche à cette industrie.
Une parution par mois (et ceci pour plusieurs séries) impose une multiplication de la main d'oeuvre (et une uniformisation fatale). Des propositions graphiques vraiment différentes (peut-être plus engagées) chaques mois risqueraient-elles de créer une dysharmonie trop violente pour le lecteur avide de son rendez-vous mensuel ? Cela le perturberait-il dans son confort ?
Certainement, et n'est-ce pas une bonne chose ?
(Qu'on ne vienne pas me dire qu'il existe des différences sincèrement notables d'un mensuel à l'autre. Pour un one-shot ou une mini-série à visée plus artistique, moins bridée par l'industrie générale, c'est autre chose - je l'accorde).
Alors pourquoi ce rant, ici, maintenant ?
Parce que ce run précis m'a fait prendre conscience de ce problème. Le manque d'individualité est tel que la lecture m'a parfois semblé réellement pénible.
Lisez des histoires plus contenues, qui cherchent réellement à faire passer un message - ou qui, au minimum, s'y tiennent sans l'abandonner au bout de deux chapitres - plutôt que cette exposition fétichiste de la destruction et du spectaculaire répétées chaque mois (et sans réel impact sur la durée.)