15 ans ont passé depuis la dernière apparition de Batman. Aujourd’hui, Gotham City subit le joug du gang des mutants, des psychopathes sanguinaires qui profitent de l’apathie du maire pour ravager la ville. Le commissaire Gordon est impuissant à les arrêter, d’autant plus qu’il doit partir à la retraite. Un soir, une grande ombre agresse violemment des malfrats.
Franck Miller s’est illustré dans les comics avec Daredevil, auquel il a prêté une profondeur psychologique nouvelle pour l’époque. Batman, créé avant les années 40, a été largement diffusé dans des comics et des séries. L’engouement pour ce héros uniquement humain s’est tari avec l’avènement des mutants et de la science-fiction. Franck Miller reprend pourtant ce personnage pour lui accorder un impressionnant deuxième souffle. Il est à noter que le succès de cette œuvre est à l’origine du film Batman de Tim Burton, sorti quelques années après.
Batman The Dark Knight Returns est une bande dessinée des années 80, avec un découpage classique et beaucoup trop de texte. Pourtant, et alors qu’il n’était âgé que d’un quart de siècle, on retrouve déjà la patte caractéristique de l’auteur dans cette œuvre.
Le dessin anguleux, d’abord. Bruce Wayne est un géant à la musculature stupéfiante, de même que le chef des mutants ou Superman. Les mains sont carrées et les contrastes sont déjà là avec les clairs-obscurs caractéristiques qui feront plus tard la matière même de Sin City. La colorisation de Lynn Varley, qu’il épousera à la sortie de cette série, est suffisamment épurée pour ne pas détourner le regard du trait et certaines cases restent plus ou moins monochromes.
Le cynisme, ensuite, est omniprésent. Batman ne tue pas… Pas complètement, mais fracasse ses adversaires sans aucune pitié. Il tire à la mitrailleuse avec des balles en caoutchouc et brise des os sans hésiter. C’est brutal.
Les méchants, enfin, sont caractéristiques de Franck Miller. Forts physiquement, souvent bêtes, tout le temps fous, ils sont laids. Cette caractérisation se retrouve dans quasiment toutes les œuvres de Franck Miller, en particulier dans Sin City.
La fille, aussi. Franck Miller aime les femmes, mais ses personnages ont des relations particulières avec elles. Ici, Batman s’entiche d’une gamine dont il pourrait être le grand-père. L’affection réciproque est très intense, et plusieurs scènes d’embrassades peuvent être qualifiées d’érotiques. Cette relation sulfureuse entre un vieil homme et une très jeune femme rappelle l’épisode du Yellow Bastard de Sin city où Hartigan s’éprend de la petite Nancy Callahan. De plus, l’impatience de Batman face aux truands s’apparente également aux méthodes expéditives de l’ancien flic. Le parallèle entre ces deux histoires et leurs personnages est troublant.
Le développement psychologique de ce Batman est tout bonnement génial. Les points de vue de Bruce Wayne et de Gordon sont très bien travaillés. De plus, l’évolution de la société au travers de la ville ainsi que de Superman est carrément visionnaire. Pourtant, la morale de cette histoire laisse songeur, car Batman se rapproche du Punisher. Délaissant la justice officielle, il préfère estropier ses adversaires et monter une milice plutôt que d’appliquer la loi. Ici, la divergence avec le héros original est totale.
Batman The Dark Knight Returns est un comics qui caractérise déjà le travail de Franck Miller. Il y insuffle tout son talent, mais également tous ses démons que l’on retrouvera ultérieurement dans le reste de son œuvre. C’est une belle bande dessinée qui offrait déjà à l’époque un point de vue réaliste sur la décadence de notre société. Elle peut être appréciée même si l’on ne partage ni ses fantasmes ni ses solutions, et elle reste un classique à connaître.