L'idée derrière cette mini-série est très intéressante : repenser le plus grand ennemi de Batman dans une multiplicité correspondant à différentes époques de publications et différents événements majeurs de la croisade du Chevalier Noir. Les premières cases font d'ailleurs des gros plans sur les différentes blessures qui parcourent le corps de Bruce Wayne, avant de se concentrer sur celles, presque plus importantes de Bat-Girl (Barbara Gordon) et de Red Hood (Jason Todd), les deux protégés de la Chauve-souris qui ont été meurtris par Joker : la première s'est retrouvée paralysée et est devenue Oracle, le second, deuxième Robin après Dick Grayson, a été laissé pour mort. La traque des trois Joker se fait donc sous le signe de ces traumatismes originels, auxquels s'ajoutent le meurtre des parents Wayne, à nouveau raconté. Or, si ces événements expliquent le comportement des différents personnages de Bat-family, et notamment la violence de Todd, ils restent au stade simple de l'évocation, et ne servent que peu à faire évoluer les personnages. Celle de Todd ne se fait que par une tentative de romance non réciproque envers Barbara, romance qui débarque le temps d'une page sans laisser vraiment place à un développement de l'intériorité de Red Hood. Batman se voit grandir par la confrontation avec l'assassin de ses parents, tandis que Bat-Girl, ne semble pas être changé par cette recherche des Joker. La caractérisation de ceux-ci manque d'ailleurs d'identification : ils sont difficiles à différencier et le choix d'une Trinité qui définirait Joker (Le Criminel, le Clown et le Comique) pose alors question. Tout va trop vite, comme leur plan, celui de créer un "nouveau Joker", qui n'est pas assez développé. On sent une volonté de pallier ce manque de caractérisation par une maxime du type "Joker n'est pas explicable", mais cela va à l'encontre de la promesse de la série, à savoir la question de l'identité du Nemesis de Batman.