Battle Royale commence bien, très bien même. Or c'est d'autant plus décevant lorsque la fin est ratée.
On suit l'histoire d'une classe de troisième dans un gouvernement autoritaire où la loi du plus fort semble prévaloir sur le reste malgré le désaccord du peuple. Dans ce gouvernement, il existe un programme spécial, un 'Battle Royale' dans lequel tous doivent s'entretuer (à l'idée de la sélection naturelle) afin d'y trouver un roi/une reine. Les personnages sont plutôt bien introduits, on retrouve une multitude d'archétypes classiques qui savent finalement se défaire des stéréotypes qu'ils représentent (je pense notamment à Shinji Mimura).
Cette variété de personnages, 42 au total si on compte tous les inutiles, nous amène forcément à nous identifier à l'un d'eux, que ce soit le froussard, le manipulateur, le comique ou encore l'infâme Kazuo Kiriyama. C'est un bon point, la parité homme-femme est d'ailleurs bien respectée dans l'œuvre puisqu'aucun genre n'est plus développé que l'autre, je trouve. Enfin, autre que certains personnages que je trouve redondants et mal écrits comme le fils du politicien, la groupie ou encore le joueur de handball, les personnages principaux de l'œuvre sont vraiment attachants et plutôt bien écrits. Or cette qualité est peut-être la raison pour laquelle le protagoniste comme l'antagoniste sont aussi détestables.
Je ne pensais pas qu'il était possible pour une œuvre d'être aussi agréable en possédant un protagoniste aussi horrible. Shûya Nanahara n'est pour moi qu'un ramassis d'idéaux sans valeurs dont l'entièreté des propos n'est prouvée que par des échecs. En effet l'intégrité de son personnage repose sur une idée de justice mal construite que le personnage véhicule à travers des situations totalement inappropriées ou par l'aide d'un personnage, Shogo Kawada. Nanahara ne cesse de se questionner : « Crois-tu que ça soit juste ? » Dans une situation où la justice ne prend aucun sens en raison du manque de liberté, évidemment que ce n'est pas 'juste' selon lui, mais pourquoi s'acharner alors que chaque moment lui montre que sa justice ne veut rien dire dans une société qui en possède une autre ? On pourrait le trouver attachant, je le conçois, mais comment ne pas le trouver ridicule ? En vérité, ces beaux discours de justice et d'entraide ne sont rien de plus que des bêtises qui montrent à quel point sa compréhension des autres est limitée. Il n'arrive à rien, il ne fait rien d'autre que mettre les autres en danger tout en risquant sa vie pour… rien ? Des facilités scénaristiques le sauvent, comme sa condition physique étonnante hors norme ou bien sa chance hors du commun ? C'est juste terrible à quel point il est vide, j'attendais au moins une remise en cause comme ses camarades Mimura et Hiroki. Mais non, il ne fait que pleurnicher et attend patiemment la rescousse de son ami Shogo Kawada.
Oui, parce qu'en plus ce Shogo Kawada est en fait un ancien vainqueur du programme en plus d'être parfaitement rationnel et capable physiquement… Ah oui, en fait ce serait une fusion parfaite des personnages principaux, l'intellect de Mimura, la force d'Hiroki, l'antipathie de Kiriyama, la malice de Mitsuko et la justice de Nanahara.
En effet, les auteurs s'accordent eux-mêmes sur le message global de l'œuvre : l'espoir. « Rien ne vaut l’espoir… J’espère que ceux qui y ont déjà goûté, ne serait-ce qu’une fois, continueront à le garder. » Mais comment croire en cet espoir représenté par le protagoniste alors qu'il ne fait que subir la situation tout en pleurnichant auprès de ses 'gentils' camarades ? Sa manière de considérer tout le monde de manière empathique par une sorte de comportementalisme foireux comme si l'homme était déterminé par son vécu, alors qu'il prône lui-même la liberté d'aller contre le gouvernement ? C'est ridicule. Si tout le monde s'entretue, c'est certes en raison du jeu, mais aussi parce que cela garantit la survie. Or la volonté de rester en vie restera toujours plus forte pour une majorité d'individus, donc pourquoi faire preuve d'autant de naïveté ?
Cette écriture est totalement rattrapée par plusieurs personnages. D'abord Shinji Mimura qui n'a cessé de m’étonner. Dès sa première intervention, il fait preuve d'un sang-froid et d'une efficacité particulièrement remarquables. (tout le contraire de Nanahara qui se jette droit à la mort comme un idiot) À priori un sportif dont l'unique passe-temps est de tringler avec des filles, il se révèle particulièrement intelligent. Je dirais que son écriture est parfaite, on y voit toute son ingéniosité et son développement dans sa manière de lutter pour une solution. Contrairement aux autres, on reconnait déjà sa force à la façon dont il gère le jeu.
Je pense notamment à sa relation avec Yutaka Seto, il y a tant de fois où je pensais qu'il allait craquer face à la pression que lui imposait son meilleur ami. Non, il finira par craquer face à un autre élève et tuera un 'innocent'. Cette scène est pour moi une véritable masterclass dans le développement du personnage. Dans un jeu pareil, l'éthique est faible et presque inexistante, il fallait du meurtre même chez les 'gentils'. Bon, la façon dont il est mort m'a quand même déçu, pas étonnant vu qu'il tombe sur l'invincible Kiriyama…
En parlant de gérer le jeu, un personnage se débrouille particulièrement bien, trop bien pour être cohérent. Il faut parler de Kazuo Kiriyama, un personnage gâché qui me déçoit particulièrement.
Kiriyama est introduit comme le personnage parfait, rien qu'à son design particulièrement beau on devine facilement quel genre de personnage il sera. En effet, il n'a jamais échoué, il est parfait et tout simplement invincible, son intelligence fait jeu égal à sa force. Au départ, je m'attendais à un personnage particulièrement développé. Son choix de tuer ou non par un lancer de pile ou face, c'est original et ça amène des questions aux lecteurs. Des questions dont la réponse reste en suspens. Je pense que l'auteur du roman ne savait pas comment l'écrire et ça se voit. Au début du scénario, on le voit prononcer des onomatopées lorsqu'ils tuent des gens. Peut-être que ça n'a pas de signification particulière, mais pour moi ce choix n'est pas laissé au hasard, surtout lorsqu'on sait que Kiriyama n'a tout simplement pas de sentiments. Or c'est pour moi une version bâclée d'expliquer le personnage tout en laissant un tas d'incohérences sur le chemin. Pourquoi s'instruit-il autant, par exemple ? Pourquoi veut-il gagner le Battle Royal ? Pourquoi a-t-il arraché l'œil de son instructeur si ce n'est par un élan de colère ? Pourquoi avoir expliqué à Hiroki la raison pour laquelle il était si faible face à lui ? Lors de son combat final que je trouve très décevant et prévisible, il n'aura cessé de se mettre en ridicule en se transformant en une machine à tuer remplie d'irréalisme.