Nihei est surtout connu pour Blame!, mais Biomega ne démérite pas, loin de là. On garde la patte particulière de la fin de Blame!, mais plutôt que d'être fasciné par des mégastructures, Nihei déverse ici tout son talent dans la représentation du mouvement. Des cases, belles en soi, sont reliées par leur sens, et la compréhension de ce sens c'est la compréhension d'un mouvement mis en scène comme nulle part ailleurs que chez Nihei (en tout cas je n'ai pas trouvé). Biomega sort des codes habituels de la narration en bande dessinée, et rien que pour cet aspect technique il en vaut le détour. Blame! est souvent considéré comme contemplatif car son intérêt ne se trouve pas dans la complexion de l'histoire, et je pense qu'à ce titre on peut dire que Biomega est une contemplation de l'action, qu'on n'observe pas: on la digère, c'est de la lecture active.
Chaque nouvel acteur est une raison de plus pour faire agir le personnage principal, sans que les fils de la narration ne soient trop prégnants, il est en fait évident que l'histoire passe au second plan par rapport à la mise en scène, le véritable propos/intérêt de l'œuvre.
La lecture particulière (lente) qu'exige ce manga bouscule les habitudes et je conseille de d'abord lire Abara du même auteur pour s'y faire.
Il est de plus notable que les personnages principaux se ressemblent dans Biomega et Blame!, mais que l'intérêt est ailleurs dans les deux cas, comme si Nihei faisait des variations de thème.